L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL | |||
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Pour cause de Seconde guerre mondiale, le recensement de 1941 n’avait pas été réalisé. Dix années séparent donc ce relevé de la population en 1946 du précédent. Exécuté seulement une année après la fin de la guerre, ce recensement est encore empreint d’une prudente discrétion : pas de mention de lieu de naissance, ni de désignation de patron ; pas non plus de nom marital pour les veuve... Par contre, ce cahier est le premier à être imprimé !
L’effectif de la population n’a que peu varié : 1535 habitants (au lieu de 1515 en 1936). A noter la présence de deux prisonniers de guerre, ainsi qu’en témoigne la note au bas de la page 32 : « 1537 habitants – 2 PG = 1535 ». Ces deux prisonniers avaient été recensés comme ouvriers agricoles à la Ferme de l’Abbaye (sans nationalité indiquée), mais les deux lignes furent ensuite barrées et les effectifs du récapitulatif corrigés en rouge par l’Administration qui précisait « Les PG et hôtes de passage ne doivent figurer ni sur la liste nominative ni au tableau B ».
Le recensement est daté du 23 juillet 1946 et est signé par l'adjoint délégué, R. Minard, pour le Maire absent (E. Richard).
Le tableau récapitulatif (corrigé par l'Administration) indique :
Maisons | Ménages | Individus | Français | Etrangers | |
---|---|---|---|---|---|
Rue du Presbytère [Total] | 15 | 14 | 44 | 43 | 1 |
Rue des Juifs | 3 | 4 | 9 | 9 | |
Rue Gaillarde | 28 | 31 | 76 | 76 | |
Rue de Domart | 8 | 9 | 21 | 21 | |
Rue d'Abbeville | 23 | 23 | 88 | 88 | |
Rue du Pont | 35 | 36 | 96 | 96 | |
Rue Jacques Antoine | 3 | 4 | 14 | 14 | |
Rue d'Amiens | 102 | 102 | 341 | 336 | 5 |
Rue du Sac | 9 | 9 | 24 | 24 | |
Rue St-Martin | 22 | 21 | 63 | 63 | |
Sous total agglomérés | 248 | 253 | 776 | 770 | 6 |
Cité Neuve n° 1 | 14 | 15 | 70 | 70 | |
Cité Neuve n° 2 | 15 | 17 | 70 | 70 | |
Cité des Prés | 17 | 18 | 83 | 83 | |
Rue d'Amiens prolongée | 8 | 7 | 19 | 19 | |
Cité Beldame | 11 | 19 | 48 | 48 | |
Cité des Moulins Bleus | 121 | 117 | 463 | 459 | 4 |
Ferme de l'abbay [sic] | 2 | 2 | 6 (8) | 3 | 3 (5) |
Sous total éparse | 188 | 195 | 759 (761) | 752 | 7 (9) |
Total général | 436 | 448 | 1535 (1537) | 1522 | 13 (15) |
Pour l'essentiel, on observe la disparition de la rue de St-Ouen, le nombre de familles et d'habitants en baisse rue St-Martin (quasi disparition des locataires du château), la mention de deux lignes pour la rue du Presbytère (pour tenir compte des 3 édifices, église, mairie, etc. rajoutés en mention manuscrite en fin de cahier et comptabilisés comme des maisons), la disparition de 4 maisons rue des Moulins-Bleus (destruction lors des bombardements) et la baisse du nombre d'habitants dans la section agglomérés au profit de la section éparses (en particulier de la Cité des Moulins-Bleus).
Les allemands arrivèrent à L'Etoile le 20 mai 1940. Si les dégats matériels occasionnés par la seconde guerre mondiale n'ont pas été très lourds à L'Etoile, l'on eut quand même à déplorer les importants dégats provoqués par les 28 obus tombés sur différents bâtiments de l'usine des Moulins-Bleus, en 1940, et surtout les meurtriers bombardements du 20 mars 1944 effectués par les aviateurs anglais qui visaient l’usine, croyant à tord qu’elle servait d’entrepôt aux allemands... Pire encore, par erreur de visée, ce furent les dernières maisons de la rue des Moulins-Bleus, à proximité du canal, qui furent bombardées et détruites, faisant ce jour là deux victimes civiles. Ces maisons n'ont pas été reconstruite et l'emplacement est resté vide. Le bilan total des décès sera, pour la durée totale de cette guerre, de 19 personnes (17 inscrites au monument aux Morts) dont 6 victimes civiles.
Certaines personnes manquent aussi au recensement pour avoir fuit sans jamais revenir, comme Hélène LANCEL, ancienne gérante de la Ruche Picarde. Sa fille était arrivée sous les bombardements, venue la chercher en voiture du sud de la France pour l'héberger chez elle à Albi où elle y mourra en 1943. Quant à Louisa LANCEL, sa cousine presque voisine, demeurant au châlet de la rue d'Amiens, elle était partie quelques jours plus tard, juste avant l'arrivée des allemands, pour loger dans un couvent, puis à l'hôtel, dans les environs d'Agen. Elle ne reviendra jamais à L'Etoile ; dès son départ, son châlet avait été pillé, et pas nécessairement par les allemands...
Concernant les deux prisonniers de guerre de Moreaucourt (recensés puis barrés), il est présumé qu'ils sont des allemands que les Français ont fait travailler en guise de réparation, sinon des polonais dont le pays sera encore longtemps occupé par l'Armée Rouge et qui ont préféré rester en France...
A partir de la fin de la seconde Guerre Mondiale, on relèvera un grand nombre de stelliens nés à Flixecourt. Il s’agit évidemment de naissances à la maternité (qui fut ouverte de 1940 à 1984 environ). Peu après la construction, les grandes chambres de l’époque avaient été occupées par les allemands. Dégradées avant la fin de la guerre, elles avaient été réhabilitées. Mais toutes les femmes n’accouchaient pas à la maternité ; d’ailleurs il n’y avait pas de médecins attaché à ce lieu ; c’était le médecin de famille qui se rendait à Flixecourt, et dès le deuxième enfant, la femme accouchait bien souvent à L'Etoile, afin de s’occuper aussi de ses autres enfants, le plus vite possible !
La seule variation d'importance dans les cités concerne la rue des Moulins-Bleus : sa population passe de 418 à 463 habitants, alors que cette cité compte 4 maisons de moins ! La Cité des 21 (rue d'Amiens) n'est toujours pas mentionnée, mais on la devine entre les numéros de maison 194 et 214. Concernant le château, la guerre et la vétusté des lieux ont réduit à presque rien le nombre de ses locataires, cinq logements au maximum, deux logements occupés avec certitude (5 personnes). Le château n'a plus que cinq années à compter avant d'être détruit ...
L'absence de mention des patrons ne facilite pas les comparaisons statistiques avec les autres recensements ! On comptabilise 59 fileuses, 229 ouvriers d'usine (121 hommes et 108 femmes), 27 tisseurs, 37 mécaniciens ou ajusteurs, 13 régleurs, 4 électriciens, 8 surveillants (dont une femme), un chronométreur et un siffleur, une chimiste, 2 dessinateurs, ainsi que 9 chefs et un sous-chef, 5 contremaîtres et un agent de maîtrise. Tous ces personnels travaillent vraisemblablement chez Saint-Frères, où la mécanisation et la spécialisation hiérarchisée semblent se développer.
Les pénuries de la guerre favorisent un retour partiel aux métiers agricoles ; on compte 7 bûcherons, 15 cultivateurs ou ouvriers agricoles (dont 2 prisonniers de guerre) et un vacher. De nouvelles professions apparaissent, dans l'industrie mais aussi dans les services : une chimiste ukrainienne, un lieur de sacs et une balayeuse, un radio-électricien, un garçon de téléphone, un garçon de bar, un gendarme, une assistante sociale (Renée DORMOY) et une sage-femme (Josette TROUVELOT, épouse d'Eugène RICHARD, médecin et maire du village). Les petits commerces et métiers artisanaux sont naturellement toujours présents. On relève ainsi les présences de bouchers, coiffeur, colporteur, ainsi que de nombreux menuisiers.
Ce recensement mentionne la Société coopérative "La Prévoyance". Rappelons que cette coopérative était gérée par St-Frères. On y achetait de tout : du pain, des pommes de terre (les « patates »), de l’alimentation, de la mercerie et des chaussures ! Les gens disaient qu’ils Vivaient Saint-Frères, autrement dit que l’argent gagné d’un côté repartait de l’autre, mais que tout passait par Saint-Frères !
Ce recensement ne comporte pas les lieux de naissance. Seules les nationalités sont indiquées : belge (7), britanique (1), polonaise (3) [ARZEWSKI, POLAK], suisse (1) [GROSSENBACHER], ukrainienne (1) [STERBINSKAJA] et les 2 P.G. (Allemands ?) [SUKER, GROTHUS].
Les 1337 recensés se répartissent en 787 individus de sexe féminin et 750 de sexe masculin.
Quatre des principaux édifices publics du village n'apparaissent qu'en fin de registre, par un ajout manuscrit, en supplément de la rue du Presbytère : Eglise, Mairie et école des garçons, Bureau de postes. Les autres mentions concernent les écoles, dont l'école maternelle de la Cité des Prés (n° 290), l'usine Saint-Frères (n° 414), la Société coopérative "La Prévoyance" (n° 414) et la crèche Saint-Frères (n° 413). Le presbytère, le petit local où fut très longtemps enseigné le cathéchisme, et non le vaste bâtiment où résidait le curé, est mentionné rue du Pont (n° 86).
Source : ADS, 6 M 296 (1946). Dernière mise à jour de cette page, le 11 octobre 2006.