L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Testament de Madeleine de Heu, épouse Antoine IV Leblond (1660)

 

Par le testament, signé de Me A. Perdu en date du 17 janvier 1660, Madeleine de Heu, épouse Antoine IV Leblond, malade, gisant au lit, a fait dicter ses dernières volontés. Elle veut que son corps soit inhumé dans l'église de L'Etoile, qu'il soit chanté de nombreuses messes pour la rédemption de son âme, et qu'il soit donné un muid de blé aux nécessiteux d'Amiens, en nature ou en pain. Pour ses biens temporels, elle donne à Antoine, son fils aîné, ses terres de Croissy et de Louvencourt, à Claude, son fils puîné, ses revenus de l'abbaye St-Lucien-lès-Beauvais et sa terre de Beauquesne (toutefois quand il aura atteint l'âge de 25 ans), et à ses trois filles, Marie, Marguerite et Françoise, 2000 livres avec divers intérêts, sa maison et ses terres de St-Maurice et de Longpré (sauf que Françoise n'en bénéficiera que lorsqu'elle sera mariée, ou qu'elle n'habitera plus avec son père). Elle étudie ensuite le cas du décès ou de l'entrée en religion d'une ou plusieurs de ses filles (réglé en faveur des autres, ou finalement à Adrien Morel, fils de son beau-frère, co-exécuteur du testament (avec son fils aîné). Madeleine de Heu décèdera dans les quinze jours suivants [B92]. Précisons qu'Adrien Morel, sieur de Bécordel, épousa Agnès de Heu, sœur de Madeleine [B 651]. Adrien est co-exécuteur du testament. Son fils aîné, lui aussi prénommé Adrien, est l'éventuel bénéficiaire testamentaire.

On notera l'étendue des biens de l'épouse, tant à Amiens qu'à Paris, dans la Somme et l'Oise.

 

Transcription intégrale

"[F° 164] Pardevant les nottaires royaux au bailliage d'Amiens soubzsignés, fut présente Dame Magdelaine de Heu, espouze de Messire Antoine [IV] Leblond, chevalier, seigneur et baron de Lestoille et autres lieux, demeurante à Amiens, parroisse de St-Michel, laquelle estant saine d'esprit, mémoire et entendement, gisant néanmoins au lict malade, comme il est apparu ausdits nottaires, a recognu avoir faict dicter et nommer ausdits nottaires son testament et ordonnance de dernière volonté, en la forme et manière cy-après déclarée, en révoquant tous autres testamens et codicilles qu'elle pouvoit avoir cydevant faict, aux protestations toutefois de l'accroistre, diminuer ou révoquer quand bon luy semblera.

Premièrement, elle [F° 164 v°] a remis et donné son âme à Dieu, nostre père créateur, [et à notre] sauveur et rédempteur, Jesus Christ, recommandant icelle aux prières et intercessions de la glorieuse Vierge Marie, et de la cour célestre de paradis, voulant son corps, l'âme en séparée, estre inhumé dans l'église dud. Lestoille, hors du chœur et vis à vis du crucifix, que ses services, obsecques et funérailles y soient faictz solennellement et selon sa condition, et qu'il soit pris six pbrestres des environs pour célébrer chacun à son intention, le jour dudit service, leur basse messe, et pour assister ausdit service, à chacun desquels pretres elle veult estre donné trente sols au lieu de disner?, veult aussy que le service du bout de l'an soit faict en la mesme façon, et qu'il soit distribué aux pauvres nécessiteux de cette ville d'Amiens un muid de bled, mesure d'Amiens, soit en nature, ou converty en pains, selon la discrétion des exécuteurs cy-après nommés, de plus qu'il soit dit et chanté en chacune église des religieux de cette ville d'Amiens, une messe à basse voix pour la rédemption de son âme, et encore douze autres messes aux autels privilégiez de ladite ville, le plustot que faire se pourra après sondit décedz, veult aussy qu'il soit chanté un annuel de messe dans l'église des Pères Minimes dudit Amiens, par les pères dud. couvent, délaissant le surplus de ses legs pieux, obsecques et funérailles à la discrétion de Messire Antoine Leblond, chevalier seigneur dud. Lestoille, son fils aisné, capitaine et maior de cavalerie dans la ville d'Arras, et de Adrian Morel, escuier Sr de Bécordel, conseiller du roy et magistrat audit bailliage et siège présidial d'Amiens, son beau-frère, lesquels elle institue exécuteurs du présent testament,

et quant aux biens temporels qu'il a pleu à Dieu luy prester en ce monde, elle en a disposé comme il enssuit, et ce par forme de partage : c'est as'sçavoir qu'elle a donné et légué aud. Antoine Leblond son fils aisné, en ladite forme de partage, la maison, court, estables, grange, pigeonnier, jardin, lieu et pourpris, avecq les prez, terres labourables et droict de champart à elle appartenans, scituez au village et terroir de Croissy [Oise], circonstances et deppendances, ainsi que le tout se comporte et estend, sans rien réserver, pour le tout avoir esté achepté des deniers de ladite[F° 165] testatrice, plus ce quy appartient à icelle testatrice, scitué au village et terroir de Louvencourt, avec les droictz et reprises qu'elle a à prendre sur lesd. terres ci-dessus lèguées ;

donne à Claude Leblond son fils puisné la redebvance foncière qu'elle a droict de prendre par chacun an sur le revenu de l'Abbaye de St-Lucien-lez-Beauvais [Oise], se consistant en quatre-vingt-une meine de bled et autant d'avoine, mesure d'Aumalle ou de Grandvillers, avecq les terres scituées au village et terroir de Beauquesne et es environs ;

donne et lègue à dam elle Marie, Magdelaine et Françoise Leblond, ses filles, la somme de deux mil, tant de livres en principal avecq les intérestz d'icelle, à elle deubs par Monsieur Jacques Papin, lieutenant général d'Abbeville, plus la rente à elle deube par le décedz de la damoiselle sa mère pour la somme qu'elle avoit fourny à sadite mère pour sa pension et nourriture, et la rente sur l'Hostel de Ville de Paris ; et outre ce, a donné et lègué à sesdites filles, sa maison de St-Maurice, avec toutes les terres, prez et moulin, et tout ce quy peult appartenir tant aud. St-Maurice que à Longpré, tant en fief que rotures, comme aussy leur donne ce quy leur peult appartenir pour leur quint des biens dudit Sr de Lestoille leur père,

pour de tout ce que dessus légué, en jouir par lesd. légataires, du jour du décedz de lad. testatrice, en toute propriété, héritablem(en)t et à tousjours, sauf que led. Claude Leblond n'entrera en jouissance de lad. rente foncière en bled et avoine à prendre sur lad. Abbaye de St-Lucien que lorsqu'il aura atteint l'aage de vingt-cinq ans, pendant lequel temps lesd. Marie et Magdelaine Leblond, ses sœurs, perceveront et auront à leur profit lad. redebvance foncière sans en paier aucune chose à leurd. frère, et aussy que lad. Françoise Leblond ne jouira de sa part du legs à elle f(aic)t et à sesd. sœurs, que du jour qu'elle prendra estat parfait, ou qu'elle ne demeurera plus avecq led. S r de Lestoille son père, jusques auquel temps, lesd. Marie et Magdelaine ses sœurs jouiront pareillement de sad. part. Et où lad. Françoise cesseroit de demeurer avecq sond. père, lad. testatrice entend qu'elle entre en jouissance avecq sesd. sœurs de la redebvance foncière de St-Lucien-de-Beauvais, aussy bien que de sa part susd., tous lesd. legs faictz à chacun desd. enffans de lad. testatrice pour tous droicts qu'ils pourroient prétendre en sa succession ; et quant au surplus des biens qu'elle délaissera au jour de son décedz, elle les a donné et légué ausd. [F° 165 v°] Marie, Magdelaine et Françoise Leblond, ses filles, pour en jouir par elles en toute propriété du jour de son décedz, à la charge de par elles paier et acquitter ses debtes, obsecques et funérailles, et legs pieux. Et où il arriveroit le décedz ou profession en religion d'aucune d'icelles, en ce cas la part de la prédéceddée ou professé accroistra aux deux filles survivantes. Et en cas qu'une seconde fille vienne aussy à décedder ou à faire profession en religion, veult que la troisiesme fille ait seullem(en)t pour tous, droictz successifs, tant de lad. testatrice que desd. sœurs, jusques à la concurrence de dix-huict mil livres, le surplus des successions desd. sœurs appartenantz tant aud. Antoine aisné qu'aud. Claude puisné, à partager entre eux suivant la coustume ; veult et entend que tous les immeubles cy-dessus légués, ensemble les rentes et redebvances demeurent propres à sesd. enffans et à ses héritiers de son estocq et ligne, et néanmoins sy tous sesdits enffans venoient à décéder sans enffans, ou sans en avoir valablement disposé, en ce cas elle veut et entend que la maison, moulin, terres et prez scituez à St-Maurice appartiennent à Adrien Morel, escuier, Sr d'Attilly, con(seill)er du roy aud. bailliage, fils aisné de mond. S r de Bécordel, auquel en ce cas, elle en a fait don, par préciput et avant part. Et, où led. fils aisné de lad. testatrice viendroit à contredire ou débattre le contenu au présent testament, icelle testatrice aud. cas a donné et légué à sesd. fils et filles puisnez le quint datif de tous ses fiefs, avec le quint coustumier et lesd. legs cy-dessus à eux f(aic)tz et tout ce qu'elle leur peult donner par la coustume ; et a, ce p(rése)nt testament, esté ainsy faict, dicté et nommé par la testatrice ausd. nottaires, sans suggestion ny induction d'aucune personne comme elle a dit, et à elle leu et releu par l'un desd. nottaires, l'autre présent, après laquelle relecture elle a déclaré telle estre sa dernière volonté.

Faict et passé à Amiens, en la maison de lad. testatrice, le dix-septiesme janvier 16 cent soixante [17/01/1660], et a signé la minutte demeurée chez e Antoine Perdu, l'un desd. nottaires. Signé Perdu.

 

L'an mil six cens soixante cinq, le unziesme febvrier [11/02/1665], le testament cy-dessus transcript a esté leu et publié en l'auditoire du bailliage d'Amiens, insinué et enregistré au registre aux insinuations dud. bailliage, sur la requeste de Me  Jean Baie, procureur d'Adrien Morel, [F° 166] escuier S r de Bécordel, con.er en ce siège, quy en a requis acte ce p.nt à luy octroié pour servir et valoir audit Sr de Bécordel, en temps et lieu, ce que de raison, par moy greffier civil dud. bailliage, soubzsigné." [Fin de la transcription].

 

Publication Ghislain Lancel. Source : AD80, B 93 (f° 164-166).

Première publication, le 30 mars 2015. Dernière mise à jour de cette page, idem.

 

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