L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Jean-Alexandre GOUFFIER (1664-1704) et Marie-Marguerite BRIET (1671? - 1743), seigneurs de L’Etoile de 1695 ? - au 22 mars 1720

 

Famille GOUFFIER

Les Gouffier, dont l'origine se situe en Poitou, se subdivisa pour former la branche d'Heilly lorsque Charles-Antoine, dit le Marquis de Brazeux (Brasseux), Chevalier de l'Ordre du Roi, fils puîné de Timoléon et d'Anne de Lannoy, épousa en 1621 Françoise de Pisseleu, fille de Léonor, seigneur d'Heilly (canton de Corbie), et de Marie de Gondi. Il eurent Honoré-Louis, qui épousa en 1647 Germaine Martineau [Cm B 89], dont au moins huit enfants, et en particulier Charles-Antoine (époux de Catherine-Angélique d’Albert de Luynes), et les puînés Jean-Alexandre, colonel [Beauchet-Filleau], né à Heilly en 1664 qui suit, Augustin, né à Heilly en 1669 [AC, GG 1 Heilly], et Gabrielle-Angélique (épouse César de Blottefierre). Jean-Alexandre Gouffier, qui ne fut seigneur de L’Etoile que par alliance avec Marie-Marguerite Briet, n’aura guère la responsabilité de la gestion la seigneurie, étant décédé dès 1704 des suites de blessures au champ de bataille. Il laissait aussi quatre jeunes enfants.


Gouffier (époux Briet), d’après le blason peint dans le nobiliaire de Rousseville

Les armoiries Gouffier sont peintes, supportées par deux griffons, dans le nobiliaire de Rousseville. On se demande toutefois quelles sont ses sources car il laisse la description en blanc : Gouffier porte « … » [D’or à 6 burelles de sable] [BMA, Ms 2132, p. 177]. Ces armes furent effectivement portées par un Jean Gouffier en 1418 [Demay, Clairambault, n° 4143] mais sont-elles aussi celles de Jean-Alexandre au début du XVIII e s. ? L’armorial d’Hozier de 1696 n’enregistre pas de telles armoiries, bien que le nom de Gouffier apparaisse à trois reprises en Picardie.

Marie-Marguerite de Briet d'Alliel

Marie-Marguerite de Briet d'Alliel, est née vers 1671, décédée le 24 août 1743 à Bouillancourt-la-Bataille (canton de Montdidier), âgée de 72 ans, inhumée le lendemain dans l'église de St-Martin de Bouillancourt, dame de Bouillancourt, Gratibus, Malpart, Contoire et autres lieux [5Mi D 504, p. 283], fille de Charles I de Briet et Marie Leblond. Elle fut aussi dame de L'Etoile, d'Alliel & de Domquerel.

C’est entre 1694 et 1701 que Marie-Marguerite hérita de la seigneurie de L’Etoile de feu son frère Charles II de Briet (présumé décédé sans alliance et sans postérité, peut être même dès 1694), probablement comme unique héritière (mais le testament d’Antoine V Leblond prévoyait également par l’une de ses clauses qu’en cas de décès sans postérité de Charles II la seigneurie de L’Etoile dont il le faisait héritier passerait à sa sœur). Veuve dès 1704, Marie-Marguerite ne semble pas avoir porté beaucoup d’intérêt à L’Etoile durant les années qui allèrent de la mort de son époux à ce qu’elle vende la seigneurie. D'ailleurs, lors de cette vente, elle attribuera 30 livres aux pauvres de Bouillancourt, où elle réside, mais ne cite aucunement ceux de L’Etoile [1 J 731]. Elle demeura donc habituellement en son château de Bouillancourt (agréable mais modeste si l’on en juge par une carte postale publiée par Du Passage [voir ci-dessous en 1739]). Marie-Marguerite semble s’être contentée de recevoir les dividendes de sa seigneurie de L’Etoile (déclarés 3 000 livres annuellement [SAP, CB 34]) en la faisant gérer par un receveur fermier, Antoine Derviller (qui semble bien lui-même avoir eu recours à un sous-fermier, et dont il faudra voir si ses très importantes acquisitions à L’Etoile sont bien honnêtes. On ne sait si elle fut victime de son temps, ou de son receveur, ou de ses faibles compétences en matière de gestion ou encore d’une dilapidation inconsidérée de sa fortune par son fils aîné, mais lorsqu’elle vendit la seigneurie de L’Etoile, le 22 mars 1720, plus de la moitié des 200 000 livres du montant de la transaction allèrent directement au remboursement d’une quinzaine de créanciers. On ne sait donc ce qui l’a poussé à vendre, peut-être que 1720 fut l’année de la banqueroute de Law, et qu’en ce mois de mars les billets perdirent 20% de leur valeur alors que les terres prenaient au contraire des valeurs inconsidérées… Mais le calcul ne fut peut-être finalement pas si maladroit que l’on aurait pu le croire, peut-être même fut-il judicieux, puisque 46 ans plus tard cette seigneurie ne fut plus adjugée que 156 000 livres ! Marie-Marguerite, si elle n'était pas illettrée, était peu douée en orthographe, ainsi qu'en témoigne un début de lettre : Jay sousinés damme marie marguerit de briest, veve de mr le conte de gouffier, demerant à bouillencourt… Par contre, son écriture bien appuyée témoignait d’une vigoureuse santé (1713). Elle signa Marie-M. de briet son acte de mariage, et M. M. de briest, contesse de gouffier en 1713 [J 731, Romanet (11 janvier 1713, pièce annexée)].

D'après un manuscrit de la Bibliothèque d'Abbeville [Dossier 605 du Lefevre du Grosriez (pages 20 et 21) ; voir aussi un ouvrage anonyme publié en 1875, Généalogie de la famille de Cacheleu [BMA, Pic 22904, p. 28-29]], elle épousa en premières noces, par contrat passé le 13 avril 1693 devant Me Louis Polhai, notaire à Abbeville , Jean de Cacheleu, seigneur de Vauchelles, fils aîné de Nicolas, seigneur de Titre et de Vauchelles, et de Adrienne Lefebure (alliés par contrat en 1645). Louis Polhay exerça de 1677 à 1696 dans l'étude qui fut, bien plus tard, celle de Me Coulombelle (Etude n° 1). Les minutes Polhay ne sont pas archivées (mars 1999). L’époux mourut sans enfants, tandis que Marie Madeleine étant veuve, devint héritière de sa famille, et épousa en secondes noces le comte de Gouffier. Le premier mariage fut-il réellement célébré? On peut en douter car Mademoiselle Marie Marguerite de Briet (laquelle signe simplement Marie Marguerite de Briet) fut marraine moins d’un mois plus tard à L’Etoile sans que l’acte ne laisse entendre qu’elle était alors mariée, ou veuve, et en présence d’un parrain inconnu Louis de Vachan (lequel signe Louis DeVassan), chevalier, seigneur de Pourseant? qui ne peut pas être l’époux Cacheleu [Baptême de Marie Louise Lejeune, le 5 mai 1693 (2 E 296/1)]. Si donc un Jean de Cacheleu fut réellement allié à la fille de Charles de Briet, c’est qu’il est mort quelques jours après son mariage (ou que la date du contrat de mariage est inexacte).

Marie Margueritte Boussarde?, de la paroisse de L'Etoile, est servante de Mademoiselle la Comtesse de Gouffier en 1705 [Marraine de Marie Marguerite Lacroix, née le 14/11/1705 Bouillancourt-la-Bataille (80)].

Jean Alexandre comte de GOUFFIER

Marie-Marguerite épousa (en secondes noces ?), le 6 décembre 1694 à Mouflers [5Mi D1124 – 1C 1977, f° 302], Jean Alexandre comte de GOUFFIER, ondoyé le 4 avril 1664, baptisé le 6 juillet à Heilly (ayant pour parrain Jean Martineau, conseiller au Parlement, abbé de Valloires, et pour marraine, Catherine-Angélique de Gouffier, femme de Louis de Lameth) [AC Heilly, GG 1, fo 2]. Ce mariage est un peu mystérieux, d’abord parce que le curé de Mouflers déclare les marier « par ordre de monseig(neu)r Henry de Brou, evesque d'Amiens » et avec dispense de deux bans. Est-ce vraiment un mariage en secondes noces ? Pourquoi cette précipitation ? Est-ce à cause d’une grossesse déguisée ou bien est-elle à rapprocher du récent décès du père de la contractante, le 7 juillet, de celui de Françoise Leblond (épouse de Nicolas de Calonne, témoin), le 27 mai, ou plus vraisemblablement de la situation de son frère, Charles II, qui était encore vivant le 21 juin mais qui n’est pas mentionné dans cet acte de mariage, et sachant que la seigneurie de L'Etoile revient à la sœur en cas de décès ! Un bail fut passé à trouver [1C 1977, f° 301]. Alexandre de Gouffier était colonel (maître de camp) d'un régiment de Dragons en 1701 [1C 1977, f° 301], portait le même grade quand il mourut au mois d'août 1704 de blessures reçues la même année à la bataille d'Hochstedt [Höchstädt, localité d'Allemagne, Bavière, située sur le Danube (50 km en amont d'Ulm). Le décès survint certainement – alors que la France était au côté de l'Espagne durant de sa Guerre de Succession – lors de la défaite du Maréchal Tallart (Camille d'Hostun, comte de) et de Marsin devant les Anglo-Autrichiens de Marlborough et du Prince Eugène, épisode appelé par les Anglais " bataille de Blenheim " (13 août 1704) [Robert 2]]. Il était chevalier, seigneur de Brasseux (Braseux, Brazeux), de Bouillancourt-la-Bataille (sous-Montdidier), de Condé-Folie-Bas (voir ci-dessous) et de L'Etoile, et aussi en 1701 de Gratibus, Malpart, Marestmontier, Domquerelle, Vendeuil en partie, Lespine-au-Puis et autres lieux [1 C 1977, fo 301], second fils de Honoré-Louis de Gouffier, marquis de Brazeux et d'Heilly, ex abbé de Valloires, et de Germaine Martineau, dame de Bouillancourt-en Séry (épousée en 1647, alors qu'il était âgé de 25 ans environ).

Compte tenu de sa carrière militaire et de son décès alors qu’il n’avait pas encore 40 ans, on sait peu de choses sur lui. On dispose toutefois de deux variantes de sa signature, tout simplement Gouffier le jour de son mariage, et Le Comte de Gouffier (avec une courte reconnaissance qui semble avoir été rédigée de sa main) en 1702 [J 731, Romanet (11 janvier 1713)].

Postérité

Cette généalogie de Jean-Alexandre Gouffier est extraite de : Beauchet-Filleau, Dict. Hist. et Nobiliaire des Familles du Poitou, t. 4, 1963, p. 258-9 (et pages voisines pour l'ensemble de la généalogie Gouffier). Voir aussi MSAP, t. 9, p. 354. Jumel, donne par erreur Jean Alexandre comme petit-fils de Honoré-Louis (Heilly, p. 76-77)] :


1) Joseph-René, dit l'Abbé de Gouffier, chanoine de Notre-Dame de Paris, inhumé dans le cloître le 9 mars 1766 (!), âgé de 83 ans (selon une autre source anonyme, actuelle, il est décédé en 1776, ce qui le ferait naître seulement en 1693 ou 1694, cette dernière date étant l’année du mariage précipité de ses parents !) ;
2) César-Alexandre (fils « aîné », né le 15 octobre 1695, venant effectivement d’avoir sa majorité de 25 ans en 1721 [J 731, annexe de la vente de 1720]), marquis d'Epagny, héritier du patrimoine paternel, décédé le 19 février 1754, âgé de 58 ans, sans postérité de ses deux cousines épousées en 1721 et 1730. La fortune passe à son frère, l’abbé Joseph-René, puis à Florimond de Cambray, son neveu. C'est certainement lui qui est parrain, sous le titre de "Alexandre de GOUFFIER, fils de haut et puissant Seigneur messire Jean Alexandre de GOUFFIER seigneur de Bouillencourt Malpart Gratibus Maresmontier Lestoille et autres lieux", le 16 janvier 1702 à Bouillancourt la Bataille. Une  Marie-charlotte GOUFFIER-d'HEILLY, Dame de l'Etoille, Comtesse (° 1696 + 1772), fut alliée, en Juin 1721 ,à Charles Colbert de Saint-Mars, dit le Comte de Colbert, Seigneur de la Grimaudier , de Cheusse, de Sainte-Saoule et de la Suze, Mestre-de Camp de Cavalerie, et Colonel de Dragons, Cornette des Chevau-Légers de la Compagnie de la Garde du Roi, fils de François Colbert, Seigneur de Saint-Mars, Chef-d'Escadre des Armées Navales, Grand'Croix de l'Ordre de Saint-Louis, et de Charlotte-Reine de Lie. Il  est mort, le 2 Mars 1722, de la petite vérole, et sa veuve s'est remariée, le 7 Septembre 1730, à César-Alexandre Gouefier (veuf de Marguerite Henriette de GOUFFIER-d'EPAGNY), Marquis d'Espagny, son cousin-germain, dont elle n'a point eu d'enfants [F. Triouleyre] ;
3) Marie-Angélique (alias Marie-Charlotte, ou autre soeur, ou confusion avec sa cousine ayant épousé son frère), maraine sous le titre de "Damoiselle Marie Charlotte de Letoille" le 16 janvier 1702 à Bouillancourt la Bataille, témoin au mariage de son frère Jérôme-Henri, mariée le 21 octobre 1715 à Maximilien-Eugène-Florimond de Cambray, seigneur de la Neuville et de Villers aux Erables en Picardie.
4) Jérôme-Henri, né le 28 novembre 1701 , vicomte de Gouffier, chevalier de Malte, qui épouse le 6 septembre 1747 à Thoix, Marie-Françoise-Louise-Marie Gouffier, sa cousine âgée de 18 ans, née le 24 sept. 1729 à Thoix [GG1, et GG2, fo 64, d'après E suppl., p. 63-4].

Les Gouffier/Briet seigneurs de L'Etoile

1696 (26 janvier) : le sieur Gouffier se joint aux habitants de L'Etoile contre ceux de Condé-Folie-haut dans un arrêt contradictoire concernant l’usage des Marais de L'Etoile [CP_PM_1, p. 6].

1697 : Dans Ms 506 E, on lit Gouffier, marquis et comte d'Hailly (lire Heilly, près de Corbie), Condé-Folie et L'Etoile.

1698 : " D'après le mémoire de Bignon sur la généralité de Picardie, le seigneur de Condé [ Folie-Bas] en 1698 était M. de Gouffler [sic], marquis d'Heilly, seigneur de l'Etoile et de Bouillancourt [...] " [Le Cab. Hist. de 1895, p. 77]

1700 (22 janvier). Trois actes sont reçus par Me François DeMachy (à préciser) [CP_PM_2, p. 7 à 10].

1700 (31 janvier). « Le sieur Gouffier, qui étoit partie au procès [de 1696] & qui s’étoit joint aux Exposans, prit occasion de ce succès pour exiger le triage des 200 journaux de Marais ; et pour s’attirer le suffrage des habitans de Condé-Folie-bas, qui depuis longtemps sollicitoient une église pour l’érection d’une cure distincte, il leur avoit concédé le terrein nécessaire. Il avoit même réduit sa demande à un huitième, au lieu d’un tiers, & il se contentoit de 25 journaux au lieu de 66 deux tiers [le tiers de 200 journaux]. Une transaction avoit été dressée le 31 janvier 1700 ; elle avoit été suivie de violences & voies de fait de sa part ; mais l’opposition tenace de quelques habitans rendit cet acte sans effet. La prétention du Sr. Gouffier étoit insoutenable à tous égards. » [CP_PM_1, p. 6].

1700. Procès-verbal volumineux produit par les habitants (à préciser) [CP_PM_2, p. 27].

1701 (21 novembre) : ordonnance contradictoire à propos du fief de Lespine au Puy [1 C 1977, fo 301]

1704 : décès de Jean-Alexandre Gouffier. Marie-Marguerite Briet devient donc dame de L’Etoile.

1711 : les taillables et 3 privilégiés (le curé, Mme de Gouffier et Mr de Vauchelle) contribuent pour une somme de 1.188 livres pour vivre en paix dans les Provinces-Unies [4 G 1130].

1717 : M.-M. Briet reçoit près de 1000 livres de la communauté de Condé-Folie pour dépends à elle adjugés par sentence à propos du tourbage (affaire de 1707) [J 731 (20 février 1717)]

1711, 1714, 1719, 1722, 1725 : reliefs pour le Fief des Marais [DA 785, Précis... p. 4-5].

1720 (contrat du 22 mars, saisine accordée le 3 avril) : vente au prix principal de 200 000 livres des terres et seigneuries de L’Estoille, fief de Fontaine-Thuraude, Saint-Eslier et de Vassorie, et des terre, paroisse et seigneurie de Condé-Folie-le-Bas [1 J 731]. L'enregistrement du relief à l'abbaye de Saint-Ricquier (aussi du 22 mars) résume correctement l'acte [25 H 2, fo 372-3].

1735 : Marie-Marguerite conserve la considération de la famille Gouffier. Elle est marraine de Elizabeth-Marguerite-Alexandrine de Gouffier, baptisée par l'évêque le 14 avril 1735 à Thoix, toutefois elle est absente... [GG2, f° 15v, dans E suppl., p. 64]

En 1739, M.-Marguerite Briet habitait à Bouillancourt un château entouré de douves et défendu par un pont levis [Du Passage, op. cit., p. 52 avec reproduction d’une carte-postale montant le petit château. Références : Ms 689 p. 7 de la BM d'Abbeville, citant Scellier ADS J 731; Nobiliaire de Belleval, col. 240 et 241].

La marquise de Gouffier est citée dans l'Etat des Fiefs de Picardie pour L'Etoile (3.000 livres), et à Condé (60 l) pour partie d'un fief avec le seigneur d'Aumatre [SAP, CB 34 – Arrangement dans DHAP, Condé-Folie, p. 240].

"Les Fief & Seigneurie de Condé-Folie-Bas, dit Fief de Mantes, situés audit Condé-Folie-Bas & Terroir en dépendant, côté de Picardie, ayant dans leurs consistances deux cens Journeux de terres à tourber, consistant en outre en censives sur Maisons, Aires & Prez, venant de la Dame de Gouffier, & tenu de M. le Duc de Chaulnes, à cause de sa Seigneurie de Picquigny." [G 2246, p. 11]

 

Publication Ghislain Lancel.

Première publication, le 20 juillet 2015, dernière mise à jour le 01/08/16.

 

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