L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL |
Avant août 1248, date de la première mention, les Marais de L'Etoile qui avaient été tenus par Aléaume d'Amiens du sire de Picquigny, vidame d'Amiens, furent transmis à son neveu, Jean d'Amiens : " Je Jehans d'Amiens, ch(evalie)rs et sires de Vinacort, fas à savoir à tous cheaus ki ces letres veront et oront, que je tieng tous les marés de Lestoile, desous ... [sic] le cauchie et deseure, dusques au fil de l'eau ve(rs) là où les neis queurent ore dusq(ue)s ... [sic] as t(er)es waagnables, à plain houmage et à plain s(er)vige; et ce q(ue) m'est, ai de mon signor Aliaume, men oncle, et por ce q(ue) ce soit tenue cose, je l'en ai bailliés mes letres saelées de me(n) sael. Ce fu fait en l'an de l'Incarnation Jhu.-Crist, mil CC et XLVIIJ, el mois d'aoust [août 1248]. " [Cartulaire de Picquigny : AN R1/35, 63 vo (article 216)]. -- Cette charte sera reprise et complétée à l'article 232, en 1274. -- On connaît une variante « Je tiens de noble homme Monseigneur Gérard, vidame d'Amiens, seigneur de Pinquigny, tous les Marais de l'Etoile dessous le Cauchy et déseure, d’autre au fil de l’eau, là où les nez keurent & dus ka terres wagnables. » [Cp_PM_1, p. 5].
1267 Dreux d'Amiens obtient de Jeanne, comtesse de Ponthieu la haute justice sur la partie du marais située en Ponthieu : " les marés de l'Estoile qui coumenche de le cauchie de l'Estoile duskes a l'yaue de l'Arene et dusques as fossés des Nes " [Brunel, Recueil..., p. 592/3]. – On en connaît une transcription (douteuse) destinée au procès des marais de 1793 « Extrait de dénombrement de la terre de La Broye de 1267, faisant mention que les Marais de l’Etoile vont jusqu’à l’eau d’Airennes et aux fossés de Longpré-les-Corps-Saints [sic], séparant le terroir d’avec celui de Longpré, et le Comté de Ponthieu de celui du bailliage d'Amiens » [Cp_PM_1, p. 19 et 20].
1274, janvier. Reprise de l'hommage, produit en 1248 par Jean d'Amiens, par Dreux d'Amiens, son fils (avec citation de la charte de son père) [Cartulaire de Picquigny : AN, R1/35, f° 67 vo (art. 232).]
1280 juillet. Hommage de Dreux d'Amiens au sire de Picquigny mentionné dans celui de 1282. Les marais, bien que non cités, devaient faire partie de l'hommage.
(1281 (mai) : Dreux demande au vidame qu'il reçoive l'hommage d'Agnès pour Vignacourt et Flixecourt [E 111/1, deuxième lettre du vidimus]. Voir en 1282, la présomption que cet hommage contienne celui des marais de L'Etoile.)
1282. Jean de Varennes, chevalier, et Agnès, dame de La Broye, sa femme, ratifient les lettres du mois de juillet 1280 par lesquelles Drienon d'Amiens, chevalier, seigneur de Vinacourt, leur père, avait fait foi et hommage lige au sire de Picquigny pour raison de sa terre et seigneurie de Vignacourt, et entrent en l'hommage dudit sire de Picquigny pour raison de : 150 livrées de terre qui leur ont été assignées sur Vignacourt, 120 livrées sur la terre de Flixecourt, les marais de l'Etoile, le château de Vignacourt et le fief que tenait Mre Baudoin Buridan de Dours. [AN, R1/35, fo 68 vo (article 234)].
1292 (et 1298) : années citées pour des aveux ou dénombrements du Fief des Marais [DA 785, Précis... p. 4]. En ces années, Jean I de Varennes était seigneur.
1298 (juin) : Hommage de Jean de Varennes servi au vidame pour les marais [AN, Q/1/1547 -- DA 785, Précis... p. 4 (mention)]
(1300 : Le fief n’est pas dans le dénombrement fourni à Corbie [BN, Pic. 89]. Voir en 1302.)
1302 (janvier) : Ce fief est cité dans le dénombrement du temporel de l'Evêché d'Amiens sous le titre : "Vechi cou li vidames [Jehans, sires de Pinkegny] tieent de le Veske d'Amiens " (p. 282) lequel vidame ne souhaitait pas s'exécuter, estimant que ces terres étaient jadis en franc-alleu (p. 283), exprimant des réserves quant à ses propres informations (p. 301). "Item en tenons l'ommage le seigneur de Vinacourt" (p. 288). "Et avec ches ij castiaus de Vinacourt et de Flissicourt et les appartenanches qui sont nommées, il tient de nous les marés de l'Estoile, et les hommages qui a chu fief appartiennent [...]. Ch'est à savoir " (p. 289) : "Item l'ommage monseigneur Raoul de Rivières des marés de l'Estoile. - Item l'ommage Jehans le Mesaiger des marés de l'Estoile" (p. 290) [BMA, Ms 572 B publié dans MSAP, t. 17, avec les indications de pages qui s'y réfèrent]. Vu les difficultés que le vidame avait éprouvées pour fournir les titres il est possible que les deux hommages pour le fief des Marais ne soient pas simultanés mais successifs, et donc de dates antérieures à 1302. A signaler que les dénombrement suivant, ceux de 1390 et de 1539, moins détaillés, ne font plus aucune allusion à ce fief.
1306 : Jean de Varennes accorde une chartre de commune à L'Etoile, avec mention présumée des clauses accordées (délimitations, communes, usages etc.) au habitants de L'Etoile pour le fief des Marais de L'Etoile [Cp_PM_1, p. 3]
1311 (2 avril) : Mention en latin de la ville nouvelle de Folie, mouvante de L'Etoile (à propos d’un tiers de dîme confirmé au chapitre d'Amiens : « ville nove de Folies, versus Longu(m)pratum, juxta feodum de Condeto ex uno latere, et juxta feodum de Foucaucourt ex alio latere, existentib(us) et moventib(us) de feodo de Stella » [G 2216, ligne 3]
1374 : date donnée pour un aveu ou dénombrement [d'après DA 785, Précis... p. 4]. Jean III de Varennes était seigneur de L'Etoile.
1510 (17 novembre ). Compte au long, rendu le 17 novembre 1510, à Isabeau d’Ailly. En ces termes : Taille de Communauté « Item, les sujets de ladite seigneurie de l’Etoile pour les Marais qui sont communs entre-eux, qui doivent chacun an à madite dame, au terme de Toussains pour cette année, la somme de 19 liv., de laquelle somme il n’a été payé que 9 liv. 10 sols, pour che que lesdits sujets disent que madite dame leur en a quitté moitié, pour che que les Marais sont de petite valeurs... ». [Cp_PM_1, p. 4]. -- Autre copie : Extrait d’un ancien registre contenant les comptes rendus par le receveur de l'Etoile à Dame ISABEAU DAILLY, dame de l'Etoile. Taille de Communauté. – « Item, les sujets de ladite seigneurie de l'Etoile, pour les marais qui sont communs entr’eux, qui doivent chacun an à madite Dame, au terme de Toussaint, pour cette cause, la somme de 19 l., de laquelle somme il n’a été reçu par che présent registre que 9 l. 10 s., pour che que lesdits sujets disent que ladite Dame leur en a acquitté la moitié, pour che que les marais sont de petite valeur, et pour che, j’ai reçu 9 l. 10 s. » [Cp_PM_2, p. 39].
1516 (22 juillet). Un procès de 1793 mentionne qu’Antoine Leblond aurait acheté le fief des Marais de L'Etoile, le 22 Juillet 1516 (la veille de l’achat principal !), à Charles de Picquigny, fils de Jean [Cp_PM_1, p. 4]. Les taxes qu’il perçoit par la suite et ses actions ne peuvent certifier cet achat.
1517 : Extrait d’un ancien registre contenant les comptes rendus par le receveur de l'Etoile à Antoine Leblond : au 34e feuillet recto [pour l’année 1517] est aussi écrit ce qui en suit : Taille de communauté. – « Item, les sujets de ladite seigneurie de l'Etoile, pour les marais qui sont de commun entr’eux, qui doivent chacun an à mon-dit sieur, au terme de Toussaint, pour cette cause, la somme de 19 l., de laquelle somme n’a été reçu par che présent registre que 9 l. 10 s. pour che que les sujets disent que mon-dit sieur leur en a acquitté la moitié jusqu’à son rappel, et pour ce, reçu ici 9 l. 10 s. ». L’extrait du compte pour l’année 1518 est dans les mêmes termes [Cp_PM_2, p. 39-40].
1517-1520 « Les mêmes énumérations se trouvent dans les comptes (au long) rendus à Antoine Leblond, pour les années 1517, 1518, 1519 et 1520 » [Voir en 1510].
1529 (23 mai) « En 1529, les habitans de l'Etoile devoient des arrérages au Sr. le Blond, pour leurs Marais. Il [le Sr Leblond] leur proposa de lui céder 32 journaux sur le bord de la Somme au midi [ZA 347-380 ?], en offrant de leur remettre ces arrérages & de réduire le cens de 19 livres à six deniers par an. Il en fut fait une transaction le 23 mai 1529, suivie d’exécution. Le vidame de Picquigny, y trouvoit son intérêt en ce que ces 32 journaux qui étoient inaliénables ès-mains des habitans étoient remis dans le commerce & lui produiroient des droits aux mutations. » [Cp_PM_1, p. 5]. -- Autre mention : Transaction passée le 23 mai 1529 entre Antoine Leblond, lors seigneur de l'Etoile, et les habitants par laquelle la censive, ou taille commune de 19 livres, est convertie en un cens de 6 deniers ; le même acte les confirme dans la concession et propriété des deux cents journaux de marais. De leur côté ces habitants abandonnent à leur seigneur 32 journaux de marais. Cette transaction n’est point rapportée, mais elle est visée dans une sentence de la table de marbre du 21 mars 1607, produite par les habitants de l'Etoile, sous la cote F : « Vu, est-il dit dans cette sentence, la copie d’un contrat en forme de transaction, fait et passé pardevant Pierre de MONTENESCOURT et Robert de BEGUIN, notaires au bailliage d'Amiens, le 23 mai 1529, contenant M. Antoine Leblond, lors seigneur de l'Etoile, avoir accordé aux habitans dudit village la propriété et jouissance desdits droits de commune, usage et pâturage desdits marais, étant au nombre de deux cents journaux en trois pièces, moyennant 6 deniers de cens qu’ils payent audit seigneur de l'Etoile par chacun an... » [Cp_PM_2, p. 41 (avec remarque que les habitants de Condé-Folie-bas comparaissent pas !)]. -- Mention dans le Précis pour M. le Duc de Chaulnes [DA 785, Précis... p. 7]. -- Autre référence à cette transaction : Où sont situés les 32 journaux de marais que les habitants ont cédés à leur seigneur ? Ils l’indiquent eux-mêmes dans leur mémoire imprimé contre le Duc de Chaulnes, page 8 « Il y avoit au nord de ces marais, sur le bord de la Somme, environ 32 journaux de marais que le sieur LEBLOND dessusdit? avoit-il? proposé? aux habitans de l'Etoile ; ce qui fut fait par acte en forme de transaction du 23 may 1529, &c. » [Cp_PM_2, p. 42].
1558 : Les "marestz dud. Lestoille" sont cités pour délimiter une pièce actuellement sur le territoire de Condé-Folie [E 782, ligne 8].
1605 (3 octobre). Dénombrement fait à l’abbaye de St-Riquier par Antoine III Leblond. Il y est précisé, dans les appartenances de la seigneurie, pour la première fois textuellement citée « la moitié des villages de Condé et Follie » (dont les habitants sont « banaux » du moulin à blé de L'Etoile) et aussi, de manière confuse, «es marests dudit lieu de Lestoille, avec les habitans dudit village» ! [G 2235/2].
1607 (21 mars). « la possession des Exposans [la communauté de L'Etoile, pour les Marais de L'Etoile]... avoit été néanmoins confirmée par les Grands-maîtres Inspecteurs et Généraux Réformateurs des Eaux et Forêts de France, par leur jugement du 21 mars 1607, au sujet des recherches et des taxes pour les droits d’usage & de nouvel acquet des communes et communaux du royaume » [Cp_PM_1, p. 6].
[1625 (6 décembre). Extrait du rôle arrêté au conseil le 6 décembre 1625. « Généralité d'Amiens, élection de Doullens. -- Rôle de modération et réformation arrêté au conseil le 6 décembre 1625. – Fait recette le comptable de la somme de ... pour les droits d’usage de la Généralité d'Amiens, de celle de l'Etoile, 26 liv. 18 sols. » [Cp_PM_2, p. 33]. Il est surprenant que l’élection soit celle de Doullens (comme pour la seigneurie), et non celle d'Amiens (comme d’usage pour les Marais) ! Mais ce rôle concerne-t-il les marais, comme le disent les habitants de Condé-Folie dans leur procès contre L'Etoile ?]
1634 (17 mars) « Déclaration fournie en la Chambre des Comptes le 17 mars 1634 en ces termes : Qu’à la communauté de l’Etoile appartient le nombre de 200 journaux de marais et patis situés sur le terroir dudit l’Etoile, avec trois autres journaux de pâtures nommés Les Chasses et Croilières... » [Cp_PM_1, p. 21]. -- Acte passé devant Pierre FLEUR, notaire en la prévôté de Bauquesne à la résidence de Domart, en présence de témoins, le 17 mars 1634. Les officiers municipaux de l'Etoile font leur déclaration aux commissaires députés pour satisfaire à l’édit du mois précédent. Ils déclarent « qu’à la communauté dudit village de l'Etoile, compéte et appartient le nombre de 200 journaux de marais et patis, situés sur le terroir de l'Etoile, avec trois autres journaux de pâture nommés les Chasses et Croilières, le tout qu’ils tiennent à cens de la seigneurie dudit l'Etoile par six deniers de cens annuel, qui se doit prendre le jour de St-Jacques, patron dudit l'Etoile. » [Cp_PM_2, p. 31].
1634 (18 mars). Acte passé à Corbie devant François JOLY et son confrère. Les habitants de L'Etoile ont affirmé la déclaration ci-dessus véritable (voir au jour précédent) « et outre, ont déclaré ne pouvoir estimer les valeurs et revenus annuels desdites communes qui sont d’ordinaire inondées de la rivière de Somme et ne pourroient être affermées à 10 sols le journel, quand même ils seroient d’usage. » [Cp_PM_2, p. 32].
[1640 (?)] L’église de Folie est brûlée, par fait de guerre. Jusqu’en 1700, les habitants de Folie se rendront aux offices à L'Etoile, tandis que ceux de Condé, dont l’église semble aussi détruite, mais de longue date, ont leurs offices à Longpré [Cp_PM_2, p. 17-18 (sauf pour la date, H 17)].
[1669 Ordonnance autorisant les triages]
(1674. Extrait du rôle relatif aux droits d’amortissement de l’année 1674. On y lit : « Les lieutenant, marguilliers, sindics et habitans de Condé-Folie, pour l’amortissement de leurs communes et des terres et héritages appartenans à leur église et fabrique, payeront 800 livres. » Dans le même extrait, on lit l’article suivant : « Les lieutenant, marguilliers, syndic et habitans de l'Etoile, pour l’amortissement de leurs communes et des terres et héritages appartenans à leur église et fabrique, payeront 200 livres. » [Cp_PM_2, p. 48].)
1692 (12 février). Enquête composée de 15 témoins [Cp_PM_1, p. 19].
1692 (4 juin). « Sentence du ci-devant bailliage d'Amiens du 4 juin 1692 qui leur avoit donné acte de la déclaration des dits habitans de Condé-Folie portée par leurs moyens de défense du 15 octobre 1691 telle que par leur requête du 20 juin de la même année ils n’avoient pas prétendu troubler les dits seigneur et habitans de l'Etoile dans la possession et jouissance des marais et communes en question, et qu’ils convenoient desdites possession et jouissance, et que ledit seigneur de l'Etoile est seigneur de Condé et Folie-bas, en conséquence avoit ordonné aux dits seigneur et habitans de l'Etoile de contester sur la dite requête du 20 juin 1691, et avoit surcis à faire droit sur les requêtes et incidens de saisie de bestiaux dont il avoit été fait mention dans les appointemens des 4 et 9 juillet 1691 jusqu’au jugement de ladite requête et contestation ; et cependant avoit fait deffenses respectives aux parties de rien innover au préjudice de l’instance, dépens réservés » Les habitants de L'Etoile feront appel avec conclusion en 1696 [Cp_PM_2, p. 3].
1693 « Rôle, du 10 février 1693, par lequel Condé-Folie est imposé à 262 liv. pour 200 journaux de communes » Mais « Le rôle de 1693 peut avoir été dressé sur une déclaration frauduleuse de Condé-Folie bas et haut, puisqu’alors les Condé-Folie bas et haut étoient en procès au possessoire contre l’Etoile, et qu’ils avoient intérêt de se dire seuls propriétaires des 200 journaux de marais. » [Cp_PM_1, p. 21 et 22]. -- Extrait du rôle de 1693 pour le droit de nouvel acquet : « La communauté de Condé-Folie, à cause du droit d’usage sur deux cents journaux de marais situés entre Condé et Folie, estimés 300 liv. de revenus suivant l’avis dudit sieur intendant, payera le droit de nouvel acquêt pendant 17 années et demie, au denier vingt, la somme de 272 liv. 10s. » [Cp_PM_2, p. 19]. -- Extrait du rôle du 10 février 1693 relatif au droit de nouvel acquêt : « La communauté de Condé-Folie, à cause du droit d’usage sur 200 journaux de marais situés entre Condé et Folie, estimé 300 liv. de revenu, payera pour le droit de nouvel acquêt, pendant 17 années et demie, au denier 20, la somme de 262 liv. 10 s. » [Cp_PM_2, p. 48].
1694 et 1695. Deux actes Briet ou Gouffier « ayant repris par actes des 23 juillet 1694 et 9 avril 1695 » [Cp_PM_2, p. 5].
1695 (1er juillet). « requêtes des dits GOUFFIER et sa femme du 1er juillet 1695 à ce qu’acte fut donné de ce qu’ils se renfermoient uniquement dans la possession et dans la réparation du trouble qui leur avoit été fait dans la possession des marais et communes dont est question ; et de ce qu’ils n’entendoient quant à présent conclure au pétitoire, en conséquence mettre l’appellation et sentence au néant, maintenir et garder les-dits GOUFFIER et sa femme, comme seigneurs des-dits l'Etoile, et leurs habitans dans la possession des-dits marais et communes en question, à l’exclusion des habitans, corps et communauté des villages de Condé-haut et Folie-haut et de tous autres, faire défenses aux dits habitans de Condé-haut et Folie-haut de les y troubler, et pour l’avoir fait, les condamner en l’amende et aux dommages et intérêts des dits GOUFFIER et sa femme, et en conséquence déclarer les saisies ci-devant faites de leurs bestiaux bonnes et valables, lesdits bestiaux acquis et confisqués au proffit desdits GOUFFIER et sa femme ; à la représentation les gardiens et dépositaires contraints quoi faisant [sic] déchargés etc. » [Cp_PM_2, p. 5 et 6].
1696 (26 janvier) « Les habitans de Condé-Folie-haut, espérant se faire un titre de propriété, s’étoient empressés de payer aussi des droits d’usage que les traitans, peu scrupuleux, avoient reçus ; et tant a été procédé que par un arrêt contradictoire au ci-devant Parlement de Paris du 26 janvier 1696, les Exposans ont été maintenus avec les habitans de Condé-Folie-bas, seuls, dans la possession de la commune et Marais de l'Etoile, avec défenses à ceux de Condé-Folie-haut de les troubler, sauf à se pourvoir au pétitoire, et ils ont été condamnés aux dépens. Le sieur Gouffier, qui étoit partie au procès & qui s’étoit joint aux Exposans, ... » [Cp_PM_1, p. 6]. -- « Arrêt en 1696, qui avoit jugé le possessoire avec dépens ; Jugement qui a eu son exécution pendant quatre-vingt-six ans [jusqu’en 1790] » [Cp_PM_1, p. 2]. -- L’arrêt du 26 janvier 1696 « a maintenu et gardé, maintient et garde lesdits habitans, corps et communauté dudit l'Etoile, et lesdits GOUFFIER et sa femme en la possession et jouissance de faire seuls et à l’exclusion desdits habitans de Condé-haut et Folie-haut pascager leurs bestiaux » [Cp_PM_2, p. 16]. -- Probablement extraits de cet arrêt « le procès par écrit conclu et reçu pour juger entre le dit BRIET seigneur de l'Etoile, Condé & Folie-bas dépendant dudit l'Etoile, appellant de ladite sentence du 23 juillet 1693 d’une part, et lesdits habitans, corps et communauté des vilages de Condé et Folie haut d’autre part, et entre les-dits habitans, corps et communauté du village de l'Etoile appellants de laditte sentence du 23 juillet 1693 d’autre part, et lesdits habitans, corps et communauté des villages de Condé et Folie haut intimés d’autre part, si bien ou mal avoit été appellé, et les parties appointées à fournir griefs, &c. » [Cp_PM_2, p. 5] et « Notre ditte cour, par son jugement et arrêt, ayant égard à la requête du 1er jour de juillet 1695, a mis et met l’appellation et sentence de laquelle il a été appellé au néant, émandant [sic (et cependant)] a maintenu et gardé, maintient et garde lesdits habitans, corps et communauté dudit village de l'Etoile et lesdits GOUFFIER ET SA FEMME en la possession et jouissance de faire seuls et à l’exclusion desdits habitans de Condé-haut et Folie-haut, pascager leurs bestiaux dans les deux cents arpents de commune dont est question, fait deffenses auxdits habitans de Condé-haut et Folie-haut de troubler lesdits GOUFFIER et sa femme et les habitans de l'Etoile en la possession et jouissance de faire pacager seuls leurs bestiaux dans les dits deux cents arpents de communes, sauf à se pourvoir au petitoire si bon leur semble, déclare les saisies bonnes et valables, etc. ». [Cp_PM_2, p. 4].
1699 (28 avril). « Il est vrai qu’en 1699 il y a eu un rôle pour l’Etoile, de 76 l(ivres) 11 s(ols). pour 209 arpens de marais. Mais il ne peut pas être relatif à l’élection de Doullens, puisqu’il n’en dit rien » [Cp_PM_1, p. 21]. Extrait du rôle arrêté au conseil des finances le 28 avril 1699 pour les droits de nouvel acquêt ; « la communauté de l'Etoile, à cause du droit d’usage sur 209 arpens de marais, payera pour le droit de nouvel acquêt de 17 ans et demi de jouissance, la somme de soixante-seize livres onze sols, moyennant quoi l’article 221 du rôle dudit jour 26 février 1692 où ladite communauté est employée pour 767 liv. [lire : 76 livres] 11 sols 3 den. demeurera nul et sans exécution » [Cp_PM_2, p. 32-33]. La taxe est donc d’environ 4 livres 10 sols par année.
1700 (22 janvier). Trois actes reçus par Me François DeMachy : Les habitants de L'Etoile arrêtent unanimement de consentir que le comte et la comtesse de GOUFFIER « jouissent en toute propriété dès maintenant et à toujours du nombre de vingt-cinq journaux dans la moitié à eux appartenante des prairies communes et marais situés au-delà de la rivière de Somme à l’encontre de l’autre moitié appartenante aux habitans de Condé-Folie-bas à condition expresse que lesdits seigneurs et dame de l'Etoile seront tenus en premier lieu de se désister et départir de leur dite demande aux fins susdites ; en second lieu, de maintenir et garder lesdits habitans & communauté dudit l'Etoile envers & contre tous dans la jouissance & possession desdites communes & marais ; en troisième lieu de faire le partage par lesdits seigneur & dame de l'Etoile incessamment avec lesdits habitans de Condé & Folie desdites communes & marais, afin que lesdits habitans comparant puissent jouir de leur part et moitié desdites communes, déduction et défalcation faite desdits vingt-cinq journaux à part et séparément des habitans dudit Condé et Folie, le tout aux dépens desdits seigneurs et dame de l’Etoile ; que si toutefois lesdits seigneur et dame de l'Etoile ne veulent pas accepter le présent consentement sous les charges et conditions susdites, en ce cas, que ledit présent consentement sera nul et sans aucun effet, et comme s’il n’avoit pas été donné, et seront lesdits habitans libres de poursuivre et soutenir leurs droits comme ils le jugeront le plus à propos pour leur plus grand bien ». Ils terminent leur délibération par nommer deux d’entre eux pour traiter avec le comte de GOUFFIER et son épouse.
Second acte du même jour passé devant le même notaire entre les deux fondés de pouvoir des habitans et le marquis VAUCHELLE « se disant et portant fort d’Alexandre de GOUFFIER, seigneur de l'Etoile, et de Marie Marguerite BRIET son épouse, par lesquels il promet et s’oblige de faire agréer les présentes dans un mois d’huy aux peines de droit. »
Les deux fondés de pouvoir consentent et accordent « en tant que touche la dite communauté de l'Etoile, la distraction au proffit du comte de GOUFFIER et son épouse, en toute propriété de vingt-cinq journaux dans la moitié appartenante à ladite communauté dans les marais communs, au moyen de quoi le marquis de VAUCHELLE, au nom de ses commettans » se désiste du procès, « lequel demeurera, au moyen desdites présentes, éteint et assoupi, comme non fait et avenu ». Il renonce à tous autres droits que le comte de GOUFFIER et sa femme pourraient prétendre à cette moitié de communes. Il est convenu que ces vingt-cinq journaux seront pris à l’un des deux bouts de la moitié qui sera assignée à l'Etoile, au choix du comte de GOUFFIER et son épouse, et qu’entre ces vingt-cinq journaux et le [p. 9] restant de cette moitié il sera, sur terre commune, pratiqué un fossé de séparation.
Mais il existe une contre lettre du même jour et reçue par le même notaire qui renferme ces conditions. Le marquis de VAUCHELLE y reconnaît « qu’encore bien que les habitans de l'Etoile ayent ce jourd’hui consenti et accordé, par contrat passé devant le notaire soussigné, que mesdits seigneur et dame de l'Etoile jouissent dès maintenant et à toujours de 25 journaux dans la moitié appartenante à la communauté de l'Etoile des communes en question, et que ledit contrat soit pur et simple, c'est-à-dire sans aucune charge de la part de mes dits seigneur et dame de l'Etoile, cependant la vérité est telle que ledit consentement n’a été donné par ladite communauté qu’à condition expresse que mes dits seigneur et dame de l'Etoile seront tenus, et ainsi que mondit seigneur le marquis s’oblige pour eux, et en leur nom ;
En premier lieu, de faire maintenir et garder la dite communauté de l'Etoile envers et contre tous, dans la jouissance et possession en laquelle elle est de leur moitié de leurs communes et marais communs, à la réserve toutefois desdit 25 journaux cédés auxdits seigneur et dame de l'Etoile, et lever et ôter tous les empêchemens faits ou à faire, soit de la part des habitans de Condé-Folie à qui appartient l’autre moitié des dites communes.
En second lieu, de faire le partage égal avec les habitans de Condé et Folie-bas des dites communes, afin que ladite communauté de l'Etoile jouisse à part divisé et séparément des dits habitans de Condé et Folie, de leurs droits, comme dit est, dans les dites communes, et de faire si bien par [que] mesdits seigneur et dame de l'Etoile jouisse paisiblement de leur dite part de communes séparée des dits habitans de Condé et Folie-bas.
Tout ce que dessus sera fait aux dépens de mes dits seigneur et dame de l'Etoile, même seront tenus d’acquitter la dite communauté de l'Etoile des frais et dépens dans lesquels elle pourroit être condamnée en l’instance à faire pour raison de la maintenue de la dite jouissance et possession et de ceux sur la demande aux fins de partage et division desdites communes avec lesdits habitans de Condé et Folie.
De plus, mondit seigneur de VAUCHELLE a déclaré, au dit nom, qu’en cas que mesdits seigneur et dame de l'Etoile n’obtiennent pas en faveur de la communauté de l'Etoile ladite maintenue de jouissance et le partage desdites communes, ainsi qu’il est dessus dit, en ce cas, ledit consentement donné pour la jouissance desdits 25 journaux par le contrat susdatté, sera et demeurera nul et comme non fait, lequel consentement lesdits Rose et Caunet ès dits noms [ce sont les fondés de pouvoir de la commune] révoquent audit cas dès à présent comme pour lors, et seront les parties libres de poursuivre et soutenir leurs droits et prétentions respectives l’une contre l’autre comme chacune d’elles jugera à propos, d’autant qu’encore un coup ledit consentement donné par les dits Rose et Caunet au nom de ladite communauté en faveur de mesdits seigneur et dame de l'Etoile,n’est qu’aux conditions et charges susdites [Cp_PM_2, p. 7 à 10]. -- 1700 (31 janvier). « Le sieur Gouffier, qui étoit partie au procès [de 1696] & qui s’étoit joint aux Exposans, prit occasion de ce succès pour exiger le triage des 200 journaux de Marais ; et pour s’attirer le suffrage des habitans de Condé-Folie-bas, qui depuis longtemps sollicitoient une église pour l’érection d’une cure distincte, il leur avoit concédé le terrein nécessaire. Il avoit même réduit sa demande à un huitième, au lieu d’un tiers, & il se contentoit de 25 journaux au lieu de 66 deux tiers [le tiers de 200 journaux]. Une transaction avoit été dressée le 31 janvier 1700 ; elle avoit été suivie de violences & voies de fait de sa part ; mais l’opposition tenace de quelques habitans rendit cet acte sans effet. La prétention du Sr. Gouffier étoit insoutenable à tous égards. » [Cp_PM_1, p. 6]
1700 (peu après). Les habitants de Condé-Folie-haut obtiennent de l’Intendance d'Amiens de ne plus faire qu’une seule communauté d’imposition avec les habitants de Condé-Folie-bas, puis essayent de s’accaparer les Marais de L'Etoile, sous prétexte que ceux des habitants de L'Etoile sont situés au nord de la Somme ! [Cp_PM_1, p. 7]. Voir le dénouement en 1704.
1702 « autre rôle [de Condé-Folie], du 26 septembre 1702, portant 153 l. 12 s. pour dix ans et demi de jouissance [depuis 1692] de 200 journaux de communes ». Mais suspections de déclaration frauduleuse puisque fait au « temps auquel les Condé-Folie bas et haut plaidoient au pétitoire contre l’Etoile » [Cp_PM_1, p. 21 et 22]. -- « La communauté de Condé-Folie, à cause du droit d’usage sur deux cents journaux de marais, estimés deux cents quatre-vingt-dix-huit livres 12 sols six deniers, payera pour le droit de nouvel acquet de 10 ans et demi de jouissance, la somme de 156 livres 15 sous 6d. » [Cp_PM_2, p. 19]. -- Extrait du rôle du 26 septembre 1702, relative aux droits d’usage. « Election d'Amiens, article 78 ; la communauté de Condé-Folie, à cause du droit d’usage sur 200 journaux de marais, estimés 278 liv. 12 s. 6 d. de revenu, payera pour le droit de nouvel acquêt, de 10 ans et demi de jouissance, la somme de 157 liv. 12 s. 6 d. » [Cp_PM_2, p. 48].
1704 (4 août) Un procès fait suite aux prétentions des habitants de Condé-Folie-haut (voir en 1700). « Ce procès suivi avec acharnement, après une instruction immense, enquêtes, descente du juge sur les lieux, arpentage général, plan & figure, procès-verbal volumineux contenant les dires, réponses, répliques et dupliques qui de la part des habitans de l'Etoile démontroient la vérité la plus frappante fut terminé par une sentence sur épices rendue sur le plus mûr examen le 4 août 1704, par laquelle les habitans de l'Etoile furent maintenus & gardés dans le droit & possession des 200 journaux des Marais de l'Etoile, désignés au plan, pour en jouir conjointement avec Condé-Folie-bas, seul, avec défenses aux habitans de Condé-Folie-haut de les troubler par eux ou leur pâtre, et ils furent condamnés en tous les dépens. Ce jugement définitif au pétitoire a été signifié ; il a été suivi d’exécution, & les habitans de Condé-Folie-haut, terrassés au possessoire et au pétitoire... » [Cp_PM_1, p. 7 et 8]. Une sentence [à trouver] a déclaré que les marais appartiennent au seigneur et à la communauté de L'Etoile [L 90 – L 1438]. Cette sentence a été signifiée par le procureur, le 31 décembre 1706. [Cp_PM_1, p. 20].
1708 « La communauté de Condé-Folie, à cause du droit d’usage sur deux cents journaux de marais, estimés 298 livres 12 sous 6 d. de revenus, payera pour 6 ans 4 mois de jouissance, la somme de 94 livres 11 sous » [Cp_PM_2, p. 19-20]. -- Extraits du rôle de l’élection de Doullens pour les payements des droits de nouvel acquêt de l’année 1708 « Election de Doullens, article 265. La communauté de l'Etoile, à cause du droit d’usage sur 209 arpens de marais estimés 87 liv. 9 s. 8 d. de revenu, payera pour le droit de nouvel acquêt pour 6 ans 4 mois de jouissance, la somme de 27 livres 14 s. ». Pour information, la même année, élection d'Amiens « Article 78. La communauté de Condé-Folie, à cause du droit d’usage sur 200 journaux de marais, estimés deux cens quatre-vingt-dix-huit livres douze sols six deniers de revenus, payera pour le droit de nouvel acquêt pour six ans quatre mois de jouissance, la somme de 94 liv. 11s. » [Cp_PM_2, p. 34].
1711, 1714, 1719, 1722, 1725 et 1734 : reliefs [d'après DA 785, Précis... p. 4-5]. Seigneurs : Briet, Gouffier, Langlois. « Marie-Marguerite Briet, femme de Jean-Alexandre de Gouffier... sert son relief du fief des Marais à Picquigny le 14 mai 1714 » [Cp_PM_1, p. 3].
1734, 16 octobre. « Le dernier relief de ce fief a été servy le 16 8bre 1734, page 50 du reg. de 1732, par M.re Pierre Lenglois, ch.er seig.r de Courcelle, Septenville, dudit l'Etoille et autres lieux, fils et h.er féodal de M.re Pierre Lenglois, ch.er seigr desd. lieux. » [E 143, f° 188 vo, rédigé en 1771)]. Le 26 avril de la même année, la communauté de L'Etoile avait fait sa déclaration au papier terrier de L'Etoile, pour 200 journaux de marais [2C1187, f° 72 v° (1er mai)].
1748. Les habitants de Condé-Folie-bas se retirent « en l’Intendance pour y requérir [...] que le commissaire départi leur adjugeât le Marais entier de l'Etoile & en expulsât les habitans de l'Etoile... [mais] le commissaire ... éconduisit ces tentateurs téméraires avec l’indignation qu’ils excitoient » [Cp_PM_1, p. 8].
1758 (28 octobre) « Survint ensuite un trouble d’une nouvelle espèce. Le sieur de Calonne, à l’appétit d’une commune remplie de tourbes qu’il convoitoit, forma une demande en triage au siège de la Table de Marbre. Il y succombe avec dépens, par un jugement au Souverain du 28 octobre 1758 » [Cp_PM_1, p. 8]
1758/59 Vexation du sieur de Calonne qui imagine de ne pas recevoir le payement de la taxe afin d’acquérir le marais entier ! « ... réquisitoire de son procureur fiscal à son bailli ; l’exposé seul en démontre l’odieux ; il est bien digne d’un Fiscal de seigneurie vendu à son seigneur. Il y demande au bailli des défenses aux habitans de continuer à faire pâturer leurs bestiaux, à peine de 75 sous d’amende... Aussi, les bestiaux continuant d’aller à la pâture, le seigneur & ses officiers de justice s’enflamment, & les exploits volent de toutes parts : vingt-trois assignations pardevant le bailli, à la requête du procureur fiscal ; vingt-trois sentences par défaut le 24 octobre 1759, signifiées sur-le-champ, avec condamnations en 75 sols d’amende & aux dommages & intérêts, au dire d’experts ; [p. 10] vingt-trois procès-verbaux de nominations d’experts avec toutes les procédures & les exploits accessoires ; appel des habitans en nom collectif au bailliage d'Amiens ; ordonnance sur requête, qui reçoit l’appel, permet d’intimer le seigneur & cependant défenses d’exécuter l’ordonnance du bailli de l'Etoile. Le 9 décembre suivant, sentence par défaut qui infirme & maintient les habitans dans leurs communes. » [Cp_PM_1, p. 9 et 10].
1763 (9 juin) « Pour lors, le sieur de Calonne, n’osant suivre son entreprise mal ourdie, prend le parti d’user d’un stratagème fort singulier & sans exemple. Ni lui, ni son prédécesseur, n’avoient fait leur relief du fief des Marais à Picquigny. Il va trouver les officiers de justice & il les engage à saisir féodalement, comptant vexer par là plus efficacement les habitans. Sur-le-champ, saisie féodale complaisante, avec établissement de commissaire, & sous prétexte de trouble à ce commissaire fourni par le sieur de Calonne, ordonnance du bailli de Picquigny portant défenses de faire pâturer les bestiaux, & permission au commissaire de prendre huissiers, recors et cavaliers de ma[ré]chaussée pour saisir les bestiaux & les enlever. C’étoit une vexation outrée, irrégulière, nulle & crante. Le dominant & le vassal se flattoient par là de partager entre-eux les tourbes du Marais... Pour soustraire leurs bestiaux aux per[sé]cutions des suppôts de Justice, les habitans furent conseillés de sommer le sieur de Calonne de servir son relief, sinon qu’ils le serviroient par un syndic, ce qui fut fait après un délai de trois jours, aux offres de payer le cens au commissaire. Le 9 juin 1763, défense du Siège d’Amiens d’exécuter l’ordonnance du bailli de Picquigny. Inaction pendant six mois, après lesquels, arrêt sur requête qui reçoit le Vidame d’Amiens appelant et fait défenses d’exécuter l’ordonnance du juge d'Amiens ; puis, autre arrêt qui, sur la main-levée requise par les habitans, joints au fond. C’est dans la production du Vidame au procès que l’on vit paroître la Charte de commune de l'Etoile de l’an 1306. Il n’est pas difficile de deviner que cette charte lui avoit été remise par le sieur de Calonne. Mais en quel état ! ...» [Cp_PM_1, p. 10 et 11]. « Aussi-les habitans de l'Etoile & de Condé-Folie-bas ont ils été confirmés pleinement dans les 200 journaux de leur Marais de l'Etoile, par arrêt du 7 août 1767, & le Vidame de Picquigny a été condamné en tous les dépens. » [Cp_PM_1, p. 13].
1763 (20 mai) : ordonnance du bailli de Picquigny qui prononce une saisie féodale exercée par le duc de Chaulnes sur le Fief des Marais [DA 785, Précis... p. 3]. On comprend que le duc de Chaulnes ait voulu prendre ses précautions vis à vis de la saisie réelle imminente qui concernait la seigneurie de L'Etoile. Mais un procès s'ensuivra avec les habitants (voir ci-dessous).
1763 (9 juin) : ordonnance du bailli d'Amiens qui fait défense d'exécuter la saisie féodale du 20 mai. Il sera fait défense d'exécution de cette nouvelle ordonnance (voir au 3 décembre) [d'après DA 785, Précis... p. 3].
1763 (11 août). Saisie réelle de la seigneurie. On reconnaît le fief des Marais dans l'expression : " au sauf des communes de L'Etoile et Condé-Folie-Bas, qui sont tenues de la baronnie de Picquigny " [B 206, fo 69 vo].
1763 (3 décembre) : arrêt de la Cour qui fait défense d'exécuter l'ordonnance du 9 juin, tant que les causes (essentiellement une absence d'hommage du sieur Calonne) subsisteraient [DA 785, Précis... p. 3-4].
1764 (29 mai) : acte de foi & hommage, fait par leurs syndics des habitants de L'Etoile et Condé-Folie-Bas, qui requièrent en même temps souffrance. Mais l'hommage ne pourrait venir que du sieur Calonne. Ils ne peuvent en effet avoir obtenu d'en être propriétaire, en rendant d'ailleurs hommage avec une redevance de six deniers. De plus il n'y a jamais eu de mise à cens, ce qui s'observe dans les aveux et dénombrements de 1248, 1274, 1282, 1292, 1298 & 1374 et les reliefs de 1711, 1714, 1719, 1722, 1725 et 1734. Les habitants semblent vouloir confondre les Creuillières avec ce fief de 200 journaux [DA 785, Précis... p. 3 et suiv. – E 143, f° 188 vo].
1765. Précis, pour le duc de Chaulnes, qui constate que le bailli d'Amiens n'avait pas, suite à un appel, à faire défense d'exécuter une saisie sur le Fief des Marais, et que la Cour pourra juger. (Voir depuis le 20 mai 1763) [DA 785 – E 143, f° 188 vo].
1767 (7 août). Fin des procédures commencées en 1763.
1768 (5 juillet) : Autorisation de distraction des 200 journaux de marais, de la vente de L'Etoile [3E 31003]. -- « Déclaration du citoyen Jourdain, passée pardevant Baudelocque et son confrère, notaires à Amiens, dès le 5 juillet 1768, par lui signifiée aux habitans de l’Etoile et de Condé-Folie bas, dans l’instance de distraction des 200 journaux ou environ des Marais de l’Etoile, qui avoient été compris dans la saisie réelle des biens des Sieur et Dame de Calonne, telle qu’il se désistoit de ses prétentions, qu’il consentoit la distraction requise et de payer les frais par lui occasionnés » [CP_PM_1, p. 25 -- Acte]..
1768 (12 août) « Les Exposans vexés continuellement par le sieur de Calonne qui avoit fait porter dans la saisie réelle de ses terres, les Marais & communes de l'Etoile, pour 189 journaux 5 verges, se pourvurent aux Requêtes du Palais, où l'Adjudication s'étoit poursuivie. Il y demandèrent la distraction qui leur fut accordée par sentence du 12 août 1768, & après la radiation ordonnée avec injonction de l'effectuer, le jugement port. La Cour ordonne que la transaction du 23 mai 1529, la sentence de la Table de Marbre du Palais à Paris, du 21 Mars 1607, les sentences du bailliage d'Amiens des 4 août 1704 & 9 décembre 1762, le jugement souverain de la Table de Marbre du 26 octobre 1758 & les arrêts du Parlement des 26 janvier 1696 & 7 août 1767, seront exécutés suivant leur forme & teneur relativement à la distraction desdits 189 journaux 5 verges de Marais ou Communes, ou environs, dont il s'agit, & conformément à iceux, maintient & garde lesdits habitans de l'Etoile, Condé & Folie-bas, dans la propriété, possession & jouissance desdites communes, à la charge de six deniers de cens annuel, fait défenses au sieur Jourdain de l'Eloge & à tous les autres de les troubler, &c. » [Cp_PM_1, p. 13].
1778. " Saisine, à la charge de l'aveu et dénomb.t, du 20 may 1778 à trouver, f°108 du reg. aux fiefs commencé en l'année 1773, à Messire Ambroise Léopol Jourdain, écuyer seigneur de l'Eloge, Voisin-les-Dompierre, L'Etoille, Condé et Folie Bas, Bouchon et autres lieux, dm.t à Amiens, rue de Metz, et dame Marie Ursule Constance Lasnier de l'Eloge, son épouse, d'un fief ce consistant en la mouvance de 6 d[deniers] de censive chacun an au jour de St-Rémy du par les habitants de l'Etoille, Condé et Folie Bas, comme propriétaire de leurs marais communs. " [E 143, f° 188 vo]. Il est curieux de constater que les 6 deniers sont maintenant validés pour ce fief !
1783. Les plans RL 57-58 montrent ces marais en deux parcelles seulement, Commune vers Folie, et Commune vers Condé, positionnées de part et d’autre de la Chaussée. Ces deux parcelles, n° 501 et 717, ont respectivement pour contenances, lues dans les cahiers, 12319 verges ½ et 7093 verges, soit au total, 194 journaux 12 verges ½.
1790 (1er mai) : « Le premier mai 1790, les bestiaux de Condé-Folie-haut ont été mis en pâture dans le Marais de l'Etoile » [Cp_PM_1, p. 14].
790 (8 mai). Les deux municipalités de l'Etoile & de Condé-Folie-bas se sont assemblées. ? Délibération unanime, de poursuivre. ? Autorisation des administrations. [Cp_PM_1, p. 14].
1790 (22 mai et suivants). Permis d'assigner & cependant défenses de faire pâturer. ? Mépris des défenses par Condé-Folie-haut. [Cp_PM_1, p. 14]. Les habitants de L'Etoile obtiennent une « ordonnance sur requête, portant provisoirement défenses » [Cp_PM_2, p. 13].
1790 (3 Juillet) nouvelle demande. [Cp_PM_1, p. 14].
1790 (12 juillet et suivants). Sentence contradictoire au ci-devant bailliage, portant « Au principal les parties instruiront & en viendront, & cependant initiatives défenses, à peine de prison contre le pâtre ». ? Nouveau mépris des défenses. ? Emprisonnement du pâtre. ? Appel au ci-devant Parlement. ? Jonction singulière de Condé-Folie-bas, contradictoire avec leur délibération du 8 mai précédent. ? Arrêt provisoire qui relâche le pâtre» [Cp_PM_1, p. 14 -- Cp_PM_2, p. 13].
1792 (10 juin). Les habitants de Condé-Folie haut et bas se regroupent, afin d’obtenir le « droit exclusif d’envoyer ses troupeaux paître dans les marais qui se trouvent dans l’étendue de son territoire » ! [Cp_PM_2, p. 14].
1793 (5 janvier). Sentence qui enjoint de défendre au fond [Cp_PM_1, p. 15].
1793 (14 mars) : délibération du conseil général de la commune de Condé-Folie " tendante à être autorisée d'appeler et mettre en cause le ci-devant seigneur de LEtoile et de Condé-Folie-Bas dans l'instance pendante au tribunal du district d'Amiens entre la commune de Condé-Folie et celle de LEtoile relativement à la propriété des marais. " Autorisation donnée par le directoire du département en date du 22 avril 1793 [L 90, fo 221].
1793 (entre le 10 juin et le 13 novembre). Mémoire imprimé, 26 pages, non signé (mais provenant de la communauté de L'Etoile) et non daté (mais postérieur au 10 juin 1793 et déjà signifié le 13 novembre 1793 d’après le mémoire réponse), lequel est une plainte contre les habitants de Condé-Folie-haut qui, depuis le 1er mars 1790, envoient leurs troupeaux pâturer dans les Marais de L'Etoile et y ont coupé des arbres [Cp_PM_1].
1793 (après le 13 novembre). Mémoire imprimé réponse, 54 pages, signé du maire de Condé-Folie, essaye de justifier, en six propositions, avec des arguments souvent décalés et la plus mauvaise foi digne de jeux inter-villages, que ces Marais de L'Etoile étaient originairement les leurs et que c’est à la suite de la période où les habitants de Condé-Folie eurent leurs églises détruites et furent alors obligés de se rendre pour partie à L'Etoile que le seigneur de L'Etoile amena ses habitants à s’accaparer de ces marais... Leur but, avoué dès les premières lignes, est en fait de pouvoir bénéficier de l’article 8 de la loi du 28 août 1792 « Les communes qui justifieroient avoir anciennement possédé des biens ou droits d'usage quelconques, dont elles auront été dépouillées en totalité ou en partie, par des ci-devant seigneurs, pourront se faire réintégrer dans la propriété ou possession desdits biens ou droits d'usage... » [Cp_PM_2].
1802 : les matrices cadastrales de Condé-Folie de l'an XI enregistrent à l'article 218 les marais de la commune de L’Etoile, mais pour une seule parcelle (D 871) et pour une contenance déclarée de seulement 10 000 verges (revenu net imposable : 696,88 F) [3 P 205/1].
1805 ? Plan semblant à usage du procès qui va suivre [SAP, Ms 133, pièce 6]
1805 (21 août). Arrêt du préfet pour la nomination d’experts en vue du partage définitif du marais indivis entre L'Etoile et Condé-Folie-Bas (Amiens, le 3 fructidor an 13) [SAP, Ms 133, pièce 7]
1807 (9 juin). Procès-verbal de sondage et d’estimation des prix de la tourbe et du pâturage pour les marais indivis de L'Etoile et Condé-Folie [SAP, Ms 133, pièce 8]
1808 (18 avril). Partage du marais. Ce document est heureusement conservé avec un plan couleur annexé (d’échelle environ 1/2000e). C’est à Jourdain de Prouville (le tout nouveau maire) que revient l’honneur de réaliser enfin le partage des marais. La superficie calculée est de 82 ha 11 a 48 ca, soit 191 journaux 45 verges, et non 200 journaux comme la tradition l’estimait (mais l’on ferme les yeux sur des propriétaires particuliers qui semblent avoir bien empiété sur ces marais...). La répartition entre les deux villages ne s’effectue pas sur la superficie mais sur la valeur du tourbage, estimée par les experts à 160 666, 39 francs, et proportionnellement au nombre de ménages, 181 pour Condé-Folie (tout entier et non Condé-Folie-Bas seulement ...) et 167 pour L'Etoile, soit respectivement aux 181/348e et 167/348e de la valeur. L’acte détaille minutieusement la part revenant à Condé-Folie. Quant à la quote-part revenant à L'Etoile elle est résumée en deux seules petites lignes à la fin de l’article 3 : c’est la parcelle située à l’est du chemin de L'Etoile à Condé-Folie jusqu’à une ligne GH créée pour ce partage et repérée d’après les angles à mesurer par rapport aux clochers des villages voisins ! [SAP, Ms 133, pièces 9 et 10].
1996 : la commune de L'Etoile est toujours propriétaire des Marais de L'Etoile, situés sur le territoire de Condé-Folie, et paie à ce titre les impôts fonciers. Une curieuse légende voudrait que ces marais aient été offerts à la paroisse de L'Etoile à la suite de l'incendie de l'églisette de Condé-Folie en 1640, en remerciement de ce que les condates purent aller à la messe à l'église de L'Etoile. Cette même légende verrait en l'an 2000 se terminer cet accord sur le marais ! [M. Vermœren, ancien maire de Condé-Folie, 24 février 1996]
2004 : la rumeur annonçant la fin des contrats pour l’an 2000 n’était pas plus fondée que les précédentes : la commune de L'Etoile continue à payer une taxe foncière à celle de Condé-Folie [J. Hérouart, 10 mai 2004].
Abréviations particulières :
Remerciements à Pascal Moinet et Jean-Marc Deturk pour la communication de ces deux mémoires imprimés inédits.
Dernière mise à jour de cette page, le 20 décembre 2008.