L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL
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Cafetière (débitante) à L'Etoile

Il n'y a plus aujourd'hui que deux Cafés à L'Etoile, le Café des Sports, au 133 de la rue Jules Verne (en face des Moulins-Bleus), et le Café aux Amis, au numéro 77 de la rue du 8 Mai (ancienne rue d'Amiens). Ce second café se trouve presque en face de la rue de la Poste (Voir les Cafés de L'Etoile, n° 10). Il fut connu sous le nom de "Café Marie Montagne", en fait Marie Miannay, épouse Altidor Montagne, ainsi que l'on peut le vérifier dans les recensements de 1906 et 1911. Mais en décembre 1916, Altidor, âgé de 56 ans, s'éteignait à L'Etoile.

Le Café Marie Montagne

Marie avait été "Cafetière", comme on disait à l'époque, débitante de boissons dirait-on aujourd'hui, tandis qu'Altidor était maçon chez St-Frères. Marie était donc bien patronne du café, son café, le "Café Marie Montagne". Cafetière était une activité de femme. Toutefois, de même qu'aujourd'hui on peut aussi y trouver le journal, jadis l'on pouvait y acheter les cartes postales au nom de son mari, éditeur.

Veuve, on ne sait pas ce qu'est devenue Marie, ni le café (qui n'apparaissent plus au recensement de 1921), mais l'on verra que le nom perdurera néanmoins en ces lieux !

Eléonore Lucie Marie Démarest, dite tantôt Marie, tantôt Eléonore, apparaîtra ensuite. En 1926, elle est recensée comme seule occupante d'un "débit de tabac" qui semble bien le "Café Marie Montagne". Auparavant Eléonore avait habité non loin de là, rue au Sac (et une autre maison de la rue d'Amiens en 1921). Veuve de Raoul Geet en 1924, elle avait alors acheté le café. Elle était donc la nouvelle "cafetière". Les précieux recensements témoignent qu'elle y exerça comme patrone débitante épouse de Jules Margris (ouvrier chez St-Frères) en 1931, comme débitants en couple en 1936, et comme seule commerçante en 1946 (époux sans profession). Elle est décédée "Cabaretière" rue d'Amiens en 1956. Reine Geet, petite-fille de Marie Eléonore, était débitante en 1962. A nouveau une femme cafetière, patronne (Jean Ravanne, son époux étant garagiste).

Si tout naturellement l'enseigne du café changea de nom après le mariage d'Eléonore avec Jules Margris (voir ci-dessous), il y eut toutefois une curieuse tradition orale ! En effet, vers 1950, trente années après que Marie Miannay ait quitté les lieux, Jacky Hérouart qui, comme quelques autres enfants allait dans ce café s'offrir une sucrerie à 5 centimes (la fameuse pièce en aluminium de 5 c. en poche), continuaient à appeler ce café "Café Marie Montagne" ! Pourquoi cette appellation qui perdurait ! Probablement que Marie Miannay, épouse Montagne, avait eu un certain carisme qui perdura... Mais les langues se délient et certains racontent qu'Eléonore, avant de se remarier, avait eu une amourette avec un certain... Montagne ! D'autres évoquent que Gabrielle, épouse Alphonse Lasorne, demeurant en face, était venue régulièrement l’aider jusqu'à ce qu'Eléonore se remarie (et qu'alors la dite Gabrielle ouvrit un café en face, à son domicile « Chez Tcho Fonse » !) Au fait, Gabrielle comment ? Montagne ! Il y a surtout une autre raison : Marie Miannay, avant son union avec Altidor Montagne, avait épousé en 1่res noces Alfred Emile Geet (décédé le 4 septembre 1897) et celui-ci était le père de Raoul, époux de Eléonore Démarest, ce qui donna lieu à un acte de liquidation et partage. Le café, tenu par les femmes, était passé du père au fils !

Ce café est immortalisé par 3 cartes postales (CP 20, CP 125 et CP 275), ainsi que par une photo prise lors des grèves de 1936, où il porte l'enseigne "CAFE TABAC ; MARGRIS DEMAREST" (sous le toit, entre deux fenêtres).

Souvenirs, souvenirs

Jacky Hérouart avait 5 ans lorsqu'il entra pour la première fois au café "Marie Montagne"... pour y acheter quelques sucreries. Il se souvient.

A l’Etoile on ne sait plus très bien à quel saint se vouer le jour de la fête locale, le dernier dimanche du mois de juillet. Pour les uns c’est une fête communale vouée à Ste-Anne et pour les autres c’est une fête patronale vouée à St-Jacques. Mais pour contenter tout le monde, comme les deux saints se suivent les 25 et 26 juillet en 2006, en définitive tout le monde a raison. Devenue aujourd’hui obsolète c’était autrefois une grande fête familiale. La veille on avait tué un ou deux lapins et les épouses effectuaient des repas de fêtes, sans oublier la tarte au flan. On avait mis les vêtements de cérémonies et après le repas, bien souvent vers 16 h 30, on se dirigeait en famille vers la place du village au carrefour.

Inévitablement on passait devant le Café Marie Montagne qui pour l’occasion avait sorti les tables et les chaises sur le trottoir. Si il y avait encore de la place – sinon on attendait son tour – on s’asseyait afin de se désaltérer et l’on engageait la conversation avec ses voisins. Enfin l'on se dirigeait vers la fête car les plus jeunes commençaient à s’impatienter de pouvoir monter sur les manèges. Et au retour comme il faisait très chaud en cette fin juillet on faisait parfois une nouvelle halte au café de Marie !

Outre le débit de boissons et de tabacs on y trouvait également toutes sortes de sucreries. En période ordinaire, vers 13 h 15, avant la rentrée des classes, les gamins avec leur menue monnaie venaient y chercher des friandises.

Quelle chance de pouvoir aujourd'hui consulter des cartes postales anciennes. On le doit en partie à l’époux de Marie Miannais, Altidor Montagne, qui avait mis en vente 2 séries de cartes postales anciennes dites l'une « Edition ou collection Montagne » et l'autre dénommée « Edit. Montagne Miannay ».

 

La photo a été prise le dimanche 29 juillet 1934 devant les marche du Café "Marie Montagne". L'on y boit un p'tit blanc et, comme il se doit dans un café, chacun, sauf toutefois la patronne et l'enfant mineure, tient un verre à la main. En haut au centre, la "cafetière", Marie Eléonore Démarest. A droite, son époux, Jules Margris (portant un gilet). A gauche, Victoria Margris (sœur de Jules, épouse Charles Drin, celui-ci assis au-dessous, avec casquette). Tenant la bouteille, Alfred Geet (tenant la bouteille), fils d'Eléonore (et de son premier mari). En bas à droite, Irène Gauduin, épouse d'Alfred Geet, et leur fille Reine Geet (qui épousera Jean Ravanne), entre eux.

Deuxième partie de page réalisée d'après une idée et un texte Jacky HEROUART (14 juin 2006). Photos J. Hérouart.

Dernière mise à jour de cette page, le 28 juin 2007.

 

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