L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Les premiers seigneurs présumés de L'Etoile (Somme), de la Maison d'Amiens

 

Rappelons qu'il n'a été trouvé aucun document d'archive concernant L'Etoile jusqu'au milieu du XIIe siècle : il n'est connu aucun justificatif rigoureux de seigneur ayant possédé L'Etoile avant cette période et, à ce jour de mai 2013, aucune fouille archéologique n'a été effectuée dans l'enceinte de l'ancien château. Précisons qu'au début du XIIe siècle, la topographie des lieux était très différente : la Somme passait bien plus au Nord, ne laissant qu'une bande très étroite de terre permettant l'implantation d'un village ; L'Etoile (Stella) n'est alors peut-être, au mieux, qu'un château ; le village Stella ne semble d'ailleurs que succéder à un autre village détruit, Arguvium (présumé situé aux Argones, lieu-dit actuel situé à l'ouest du prolongement du pont de L'Etoile) ; les marais, bien plus importants, sont peut-être disjoints avec seulement l'ouest de la Cauchie en Ponthieu (si cette voie existe déjà avec un pont).

Monographies

La généalogie des châtelains d'Amiens – parmi lesquels figurent les premiers seigneurs de L'Etoile – fut imprimée en 1888 par J. Noulens, dans Maison d'Amiens. On regrettera quelques erreurs, qui ne sont pas que des coquilles d'impression, mais la synthèse qu'il propose et surtout les nombreuses preuves accumulées et recopiées sont d'une indéniable richesse. La période concernée par cette famille à L’Etoile couvre les XIe, XIIe et XIIIe siècles. L'on sait que malgré l'acharnement des érudits locaux la filiation des premiers représentants de cette famille (qui ne portaient pas encore de patronyme mais pour chacun seulement un prénom attaché à son domaine, acquis par héritage ou par alliance), cette généalogie n'est toujours pas établie de manière irréfutable (toutes ces notes furent rassemblées à la main, avant 2008, bien avant les possibilités informatiques actuelles...). La Morlière, dans Recueil de plusieurs nobles et illustres maisons vivantes... avait été le premier à proposer dès 1642 une généalogie, mais basée sur seulement quelques preuves et affirmations (p. 28 et suiv.)

Les Châtelains princes d'Amiens prirent ce nom à l'époque de la féodalité, où le pouvoir souverain se partageait entre quatre grands seigneurs de la ville d'Amiens : le comte, l'évêque, le châtelain (Maison d'Amiens) et le vidame.

Armoiries de la Maison d'Amiens

Voir les armoiries (Généralités et Famile d'Amiens)

La Maison d'Amiens et les seigneurs de L'Etoile

On sait encore que L'Etoile, qui en ces temps désignait confusément le Fief des Marais relevant de Picquigny d'une part, et le terroir de l'actuelle commune qui relevait de Saint-Ricquier d'autre part, fut du lot des nombreuses possessions de la Maison d'Amiens, au moins pour les derniers héritiers. Mais ce n'est que par le hasard de générosités, de conflits ou d’accords (don d'un muid de blé sur un moulin en l’an 1200, procès à propos du pont, échange de seigneurie) que la Maison d'Amiens apparaît. La liste qui suit, des Châtelains d'Amiens, n'est donc valable pour désigner les seigneurs de L'Etoile que si l'on admet l’exactitude de la généalogie et le fait que tout possesseur de L'Etoile (marais et/ou terroir) le tenait de son père (ou d’un oncle) par héritage (et non par achat ou dot d’une épouse). Initialement, la terre de L'Etoile aurait suivi le même sort que celle de Vignacourt et serait donc passée successivement de Guy (ou Mathilde) à Aleaume I leur fils, puis à Dreux fils aîné de ce dernier, et à Pierre, fils aîné de Dreux. Décédé assez jeune, un partage aurait été effectué et c'est Aleaume II, un frère de Pierre, qui serait devenu seigneur (du seul lieu de L'Etoile) puis, n'ayant pas de postérité, leur neveu Jean (dont le tuteur fut Thibaut qui semble avoir disposé à ce titre du fief des Marais) hérita, puis ce fut Dreux, fils aîné, qui échangea la terre à son frère Bernard. Agnès, fille de Dreux, apporta L’Etoile en dot à la famille de Varennes.

Dreux d'Amiens (1069)

DREUX (Drogo turrensis), est cité en 1069 [N, p. 72 et DV, p. 353/2]. Il était possesseur et gardien de la tour d'Amiens appelée Castillon.

Postérité : Adam. Noulens affirme qu'il faut l'identifier à (et non le différencier de) Adelesme (traduit en français en Aleaume par DV), diminutif de jeunesse !

Comme on l'a dit c'est seulement en tant qu'ancêtre de la Maison d'Amiens qu'il est cité, n'étant connue de lui aucune allusion à L'Etoile explicitement citée.

Adam I d'Amiens (1100)

ADAM I (Adelesme), est prince d'Amiens. Vers 1100 il partageait la domination féodale d'Amiens avec Enguerrand de Boves, comte de cette cité, ainsi qu’avec l’évêque et le vidame. Il vécut le développement de la commune d'Amiens (vers 1113), laquelle provoqua diverses alliances dans une guerre civile qui s’acheva par le fameux épisode du siège du Castillon par le roi Louis VI le Gros, la reddition d'Adam (en 1117) et la démolition de sa citadelle [N, p. 71-79].

On rapporte qu'en l'an 1146 le sang des comtes d'Amiens s'éteignit, en la personne de Laurette de Flandres, épouse du comte d'Alost, petite fille de Robert de Boves, et qu'alors le titre de Comte d'Amiens put être revendiqué par les descendants des Châtelains d'Amiens [Pic 504, p. 5].

L'Etoile n'est jamais cité.

Il épousa Béatrice [Beatrix] de Boves, fille d'Enguerrand de Boves, sire de Coucy, comte d'Amiens, et de Ade de Marle. Elle survécut longtemps à son mari, entra en religion après la mort de ce dernier et trépassa en 1144 [N, p. 79]. La postérité n'est pas clairement établie, entre un fils Guy épousant Mathilde, ou une fille Matilde épousant Guy (sans compter les possibles branches collatérales, sans exclure une possible confusion avec une filiation des comtes – et non châtelains – d'Amiens...).

Postérité (selon Noulens, p. 6, 79-83) :

1 - Aleaume (Adelesme, Alerme, oncle [paternel ou maternel?] des enfants de Guy, d'après D V 354/1), décédé avant 1151 (se préparait à partir pour la Terre Sainte, à la même date, d'après D V 354/1), ou même aux temps du Castillon, époux de Melisende de Boves-Coucy, fille de Thomas de Marle [N, p. 80]. Jumel ne donne que les deux autres fils, justifiant par Du Cange et Darsy..., qu'Aleaume est le beau-frère de Guy ;

2 - Guy (Wido), époux de Mathilde de Boves, qui suit ;

3 - Hugues (Hugo Ambienensis), prieur de Cluny, abbé de Radinger (Angleterre), élu archevêque de Rouen en 1130 [BMA, Pic 504], décédé en 1164 ;

4 - Thierry.

Postérité (selon Calonne, qui justifie par Cart. I, p. 71 et 32; et St-Jean, p. 29 - et d'après DHAP) :

1 - Aleaume (idem) ;

2 - Hugues (idem) ;

3 - Mathilde, épouse Guy de Leuga (Long).

? - 1146/7 : GUY (Wido) ou MATHILDE

GUY, Wido Flessicurtis [Guy de Flixecourt, mais Guy d'Amiens, selon La Morlière, p. 29], fils " d'Adam et de Béatrice " – sans que l'on sache avec certitude qui de lui ou de son épouse est fils ou fille, du châtelain ou du comte d'Amiens (voir ci-dessus) – est décédé fin 1146 ou début 1147 [N, p. 87]. On voit aussi Guy de Long, seigneur de Flixecourt (DHAP, p. 290).

Guy est désigné par Wido Ambianensis comes et dominus Flessicurtis, en 1136, dans Gallia Chrisina, t. X, col. 1354 [N, p. 6, 83, 84]. Mais est-ce comme héritier, ou par alliance ? Fut-il comte seulement durant la vacance de Robert de Boves, lors de son séjour en Sicile ? [N, p. 83].

Un manuscrit du XVIe siècle mentionnant L'Etoile, préciserait la généalogie, mais il comporte une évidente confusion concernant les quatre fils, qui sont en réalité ceux de Dreux, soit une erreur de deux générations : " Monseigneur Guy d'Amyens, comte d'Amyens, fut marié à Madame ... [sic] de Vinacourt, dame du dit lieu et de La Broye, Fraxelle, Flixecourt, Lestoile, Canaples, Talemas, Buyres, les Hallots, Bachimont, Regnauville, Vuarmes et d'Estrées-les-Crécy, et estoyt comte d'Amyens, en 1138 ; de laquelle eut quatre fils, Regnault, Thibault, Alliame et Bernard [...]. Guy d'Amyens, dernier comte d'Amyens, mourut longtemps après son retour de Terre-Sainte et est enseveli sous le petit portail de Nostre Dame d'Amyens" [N, p. 6, 7, qui cite les Arch. du château de Ranchicourt (62150 Houdain), et p. 84, note 2].

Toutefois, les mêmes seigneuries sont citées pour Guy par A. de La Morlière dans sa publication de 1642 : Flixecourt, Vignacourt, La Broye, Canaples, Bachimont, Buires, l'Estoile, Flesselles, Talmas, Estrées, Regnauville, Outrebois [p. 28-32, 2e partie, d'après N, p. 83]. C'est donc cet auteur qui est à l'origine de toutes les affirmations donnant que Guy fut seigneur de L'Etoile, bien qu'aucun document d’archives ne vienne le confirmer.

On le dit allié à Mathilde [Mahaut] de Boves, fille d'Enguerrand de Boves, comte d'Amiens et baron de Coucy.

 

Postérité [N, p. 87, 88] :

1) Alerme I, qui suit ;

2) Mahaut (Mathilde), citée en 1146 et 1151 [DV], l'aînée des filles, mourut à marier le 31 août 1172 [DC, p. 528] ; on la présente aussi comme possible première prieure de Moreaucourt [Deaubonne, p. 14].

3) Mélisendre, citée en 1146 et 1151 [DV], qui mourut jeune [DC, p. 528] ;

4) Flandrine, alliée en 1175 à Guermond III de Picquigny, premier vidame d'Amiens ;

 

Résumé...

En résumé, jusqu'à ce milieu du XIIe siècle, L'Etoile, en tout ou partie, fut une possession des châtelains d'Amiens ou des comtes d'Amiens de la Maison de Boves, ou encore des seigneurs de Flixecourt, de Vignacourt ou de Long... !

 

Compléments concernant Guy

1125 : citation [N, p. 85].

Guy, se disposant au voyage de la Terre-Sainte changea ses armes, à l'exemple de plusieurs seigneurs, et pris de gueules à trois chevrons de vair, mais mourut avant le départ [DC, p. 528]. C’était donc la 2e croisade (1147-49).

Il fonda avec son frère Hugues le prieuré de S t-Firmin-au-Val, qui fut converti en 1130 en abbaye de S t-Jean d'Amiens (BMA, Pic 504). Jumel en dit que Guy, du consentement de son épouse Mathilde et de son frère Hugues, clerc, "fit plusieurs donations au Prieuré de Saint-Firmin-au-Val, pour lors occupé par les religieux de Saint-Norbert, pour le repos de leurs âmes, et celle d'Adelelme, frère de Mathilde".

 

Abréviations

Noulens [N, p. ], très souvent cité pour les références auxquelles il renvoie, Dom Villevieille [DV, p.  (puis article)], De Court [DC, p. ].

 

Publication Ghislain Lancel, d'après des recherches effectuées avant 2008 (avant l'accès aux puissants moyens informatiques actuels...)

Première publication, le 26 mai 2013. Dernière mise à jour de cette page, le 15 septembre 2014.

 

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