L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL |
Ambroise Léopold Jourdain, né paroisse St-Martin à Amiens le 1er mars 1728, décédé à Valloires le 24 novembre 1808 (80 ans), écuyer, seigneur de L'Étoile, Condé-Folie et Bouchon, chevalier de St-Michel (dont un portrait gravé à l'eau forte), est le dernier né des sept fils de Robert Jourdain et Marie Thérèse Hoschedé. Avant l'achat de L'Étoile il apprit une langue étrangère et le commerce hors de France [L 135, f° 93], fit prospérer ses affaires durant 20 ans dans le commerce de la mer à Nantes et à Amiens [DA 975, Réflexions..., p. 9]. Il résida à Nantes, paroisse de la Ste-Croix, avant son mariage en 1757, mais demeurait à Amiens, paroisse St-Martin lors des cérémonies, et habitait à Amiens, rue des Carmes, paroisse St-Firmin-à-la-Porte en 1766 [AN, minutier], et encore, ordinairement à Amiens, en 1777 [Flix., FF 14/3]. En mars 1791 il était député du commerce de Picardie, chevalier des ordres du Roi, et demeurait alors à Paris, rue Neuve des Petits-Champs, n° 118 (et encore en août 1792) [L 1664]. On retrouve sa trace à Versailles en avril 1795. En 1805 il habitait Valloires et semblait malade car il se fit représenter par un fondé de pouvoir au mariage de son fils. Il signe "Ambroise Leopold Jourdain" son acte de mariage (1757), mais "Jourdain de Leloge" (ajoutant le titre de son épouse) dès la naissance de leur premier enfant (1759). Il est alors qualifié de négociant et le restera jusqu'à ce qu'il devienne seigneur de L'Étoile et autres lieux.
Il épousa, le 29 août 1757 en la paroisse St-Firmin-à-la-Porte d'Amiens, Marie Ursule Constance Lasnier, de la paroisse de St-Firmin, née le 10 avril 1741, décédée le 14 juillet 1793 à Paris [L’acte n’a pas été reconstitué. Lasnier de L’Eloge n’apparaît pas dans le fichier du minutier central des AN.], fille de feu Jacques-Charles, seigneur de L'Éloge, Voisin et autres lieux, vivant négociant à Amiens, et de dame Marie-Constance Turmine. Le contrat de mariage, de 22 pages dont une demi-page de signatures, avait été passé au préalable par-devant Me Morel notaire à Amiens. Au régime de la communauté des biens, l'apport de l'époux était de 158.000 livres plus diverses sommes comme, par exemple, 6.000 livres de recouvrement incertain, provenant de marchandises de vaisseaux pris par les Anglais avant la guerre. De la part de l'épouse les apports se consistaient en de nombreux fiefs et seigneuries, rentes et maisons [DA 975 – 3E23557 (liasse 1757, deuxième semestre, 29 août)]. Elle signe son acte de mariage d'une écriture appliquée "Marie Ursule Constance Lasnier de Léloge".
Ils eurent neuf enfants dont sept furent baptisés à Amiens, paroisse St-Firmin-à-la-Porte, et deux à L'Étoile. Chacun des quatre fils sera dénommé seigneur d'une localité, avant que ne survienne la Révolution [DA 975 – BM Abb., Ms 654] :
1 - Charles-Léopold, dit Sr de L'Éloge, puis Jourdain de L’Eloge, né le 23 août 1759, baptisé le lendemain à Amiens (présumé avec pour parrain et marraine, les domestiques de la maison), décédé à Amiens, rue du Port, le 16 avril 1809, et inscrit le lendemain sur les registres d’Amiens [E2 (704), f° 388] (testament passé le 23 février 1809 [3 E 31085]), écuyer, négociant demeurant à Amiens en 1799 [3 E 31066], négociant, propriétaire, marié [mais pas à Amiens] par contrat du 30 juin 1788 [Me Mautort, notaire à Paris] à Elisabeth Cadot (Reims, 22 août 1767 – Beauvais, rue du Pied, 13 mai 1847). Demeurant à Amiens, rue de Metz en 1795, à Amiens en 1804, Charles-Léopold détenait la copie d'un aveu de 1603 pour le fief de la Fontaine-Thuraude [99 O 1617, dossier 2, Biens communaux] ; ils eurent deux enfants [BM Abb., Ms 654] qui apparaissent dans la vente des Moulins-Bleus en 1821 [3E 31107] :
2 - Amélie-Constance-Fortunée (Marie-Constance, Constance-Fortunée), dite Jourdain de Voisin (1784), née le 18 novembre 1760 (baptisée le lendemain à Amiens, parrain et marraine les domestiques), demeurant à Amiens, rue de l’Aventure en 1821, mariée dans la chapelle du château de L'Étoile le 30 août 1784, à 8 heures du soir, à Pierre Eugène Bertrand-de-Puyraimond, de la paroisse de St-Cybard de Poitiers, fils de Jérémie Pierre Eustache Bertrand, seigneur de Puyraimond, et de Madeleine Methe de Fonremis [Fondremy] [f° 553/4] [Un extrait de cet acte fut copié à la fin du mois d’octobre sur les registres d'Amiens, paroisse de St‑Firmin le Martyr, dite St-Firmin à la Porte (E2 (45), f° 220 v°)]. Le contrat de mariage est remarquable pour ne compter pas moins de 38 témoins (plus de 5 pages de l’acte !) du côté de la future épouse (voir dans les compléments ci-dessous, Jourdain et L'Etoile, en 1784) [3 E 31037]. On retrouvera l’époux présent au château, lors de l’ancrage du ballon de l’aéronaute Blanchard en 1786. Mais les époux divorceront assez vite, avant 1799 [3 E 31066]. Postérité : Edouard Etienne Puyraimond, propriétaire à L'Etoile en 1833 [3P 296/3], électeur à L'Étoile en 1845-6 [ADS, usuels, élect.].
3 - Augustin-Ferdinand, dit sieur de Warvillers, né le 9 avril 1762 (baptisé le lendemain à Amiens, parrain et marraine les domestiques), écuyer, habitant Paris, sans alliance en 1817, demeurant aussi à Paris en 1821, rue Coquilière N° 96. Agé de presque 9 ans, il est parrain de son frère né en 1771 et signe déjà Jourdain de Warviller.
4 - Aglaé-Jacqueline-Emilie, dite demoiselle de St-Eslier, puis Jourdain de St‑Elier, née et baptisée le 9 août 1764 à Amiens (parrain et marraine les domestiques), décédée à Valloires le 6 octobre 1803 (dalle funéraire dans l'abbaye [Pic. Hist. et Mon., t. 3, p. 208]), mariée par contrat du 2 mars 1798 (Me Baudelocque, Amiens), à Adrien François Romanet, dont postérité. Agée de 6 ans, elle est marraine de sa sœur en 1771 et signe correctement de ses prénoms et nom.
5 - Alexandrine-Marie-Flore, dite dame de Condé [Condé-Folie], née et baptisée le 1er juin 1767 à Amiens (parrain et marraine les deux frère et sœur aînés), décédée – Jourdain de Condé – à Port-le-Grand (Canton de Nouvion) le 9 novembre 1838, âgée de 71 ans [1 Mi EC 99], célibataire (demoiselle). Elle habita Valloires avec son père, et Port-le-Grand dès au moins l’année 1821.
6 - Marie-Ursule-Sophie, dite de L’Eloge puis Jourdain d’Aboval (1784), baptisée à L'Étoile le 23 septembre 1769 (f° 479), qui épousa, le 28 ventôse an IX (19 mars 1801) à Amiens, avec contrat, Philippe Clément Hecquet de Beaufort. Elle vécut à Valloires, avec son père, et demeurait à Beauvoir-les-Hocquincourt (Arrondissement d'Abbeville), en 1821.
7 - Alexandre-Jacques, dit sieur de L'Etoile, puis Jourdain de L’Etoile, baptisé à L'Étoile le 18 mars 1771 avec pour parrain et marraine ses frère et sœur âgés de 6 et 8 ans (f° 488-9), décédé le 29 janvier 1835 à Abbeville (12 Grande-Rue-Notre-Dame) [L'acte de décès le nomme encore Jourdain de l'Etoile. Son épouse était encore vivante mais ce fut son frère, Robert Jourdain de Prouville, qui effectua et signa la déclaration.], inhumé à Argoules, majeur (!) demeurant à Amiens en 1799, à Argoules en 1821, écuyer [3E 31037]. Par le partage de cette année 1799, du vivant de son père, il reçut un peu plus de 50 journaux de prés et terres à L'Étoile, et il y augmenta ses possessions après le décès de l'ancien seigneur (devenant de plus copropriétaire de Moreaucourt, avec son frère Robert) [3 E 31066 – 3 P 296/3]. Il signa A.-J. Jourdain au partage ci-dessus et aussi, d'une petite écriture, en 1805 (mariage de son frère) mais il signa Jourdain de L'Etoille son (ses) acte(s) de mariage. Une originalité est en effet que son acte de mariage avec Marie-Anne-Geneviève-Adélaïde Godart, dame d'Argoules, veuve de Pierre-Charles Wignier de Beaupré, fut enregistré deux fois, une première fois le 22 juillet 1807 à Argoules et une seconde fois le 17 mars 1808 au même lieu " voulant prévenir toutes dificultés qui pourroit s'élever pour quelque cause que ce puisse etre contre le mariage qu'ils ont contractés " [5 Mi D 1066]. Les époux eurent une postérité qui perpétue aujourd'hui encore le nom de Jourdain de L'Étoile (voir au chapitre L'Étoile).
8 - Ambroise-Maximilien-Robert, dit de Prouville, puis Jourdain de Prouville, né et baptisé le 21 août 1774 à Amiens (parrain le frère aîné), décédé le 16 septembre 1858 à Abbeville, 28 rue de la Pointe, âgé de 84 ans, écuyer, seigneur de Prouville. Ainsi que son frère Alexandre-Jacques il séjourna à l'étranger (en Angleterre ?) durant la Révolution, pour y apprendre la langue et le commerce [L 135, f° 93]. Par le partage des biens du vivant de son père en 1799 il devint propriétaire d'environ 160 journaux de terres et prés à L'Étoile, puis d'autres terres encore après le décès de son père [3 E 31066 – 3 p 296/3], et la totalité de ces biens furent répartis entre ses deux filles par acte sous seing privé daté du 21 mars 1859 [3E 616]. Il demeura à Valloires en 1805, à Abbeville en 1807 [témoin au mariage de son frère] et 1821, mais il vivait à L'Étoile en 1842. Il fut d'ailleurs maire de L'Étoile de 1808 à 1848. Durant cette période il fit la découverte du cimetière mérovingien de Moreaucourt. Il signe R. Jourdain en 1805. Il épousa, le 17 floréal an XIII (7 mai 1805) à Abbeville, Cécile Elisabeth Chantal Nau [Son frère, Jean Joseph, avait épousé en 1803 Hortense Jourdain, sa belle-sœur], née le 11 mars 1782 à Paris, paroisse St-Benoît, décédée le 27 mai 1855 à Abbeville, demeurant chez ses parents en 1805, rue St-Eloy à Abbeville, fille de Jean-Joseph Nau [Il était âgé de 77 ans en 1855 et demeurait à Abbeville, Chaussée Marcadet (oncle et témoin au décès de Paul Tillette de Mautort)], vivant de ses biens (et propriétaire de terres à L’Etoile, comme Le Puits), et de Elizabeth-Perpetue-Françoise Hecquet [5 Mi D 257, acte 88 des mariages de l'an XIII], dont :
9 - Marie-Hortance-Poline [Pauline] Jourdain (la seule sans particule additive connue), née le 22 juin 1777 à Amiens (baptisée le jour suivant, avec pour parrain et marraine ses frère et sœur), veuve décédée le 24 mai 1865 à Abbeville (Chaussée-Marcadet, n° 60) [5 Mi D 272 (acte 198)], demeurant à Argoules en 1803, à Abbeville en 1821, qui épouse, le 13 fructidor an XI (31 août 1803) à Argoules (Somme) [L’an XI semble manquer dans la version microfilmée [5 Mi D 1066]. Aussi le nom d’emprunt n’est pas connu pour ce dernier enfant], Jean Baptiste Joseph Nau [Sa sœur épousera en 1805 Robert Jourdain de Prouville, son beau-frère], né le 20 septembre 1777 à Paris, paroisse St‑Firmin, conscrit de l’an VII légalement remplacé demeurant chez ses parents rue Eloi à Abbeville, fils de Jean-Joseph Nau, vivant de ses biens à Abbeville, et de Elizabeth Perpétue Françoise Hecquet [5 Mi D 1066], l’époux vivant de ses biens et demeurant à Valloires en l’an XII [naissance de sa fille à Abbeville]. Celui-ci semble avoir acquis des terres ( La Trinquy, etc.) à L’Etoile, dont aurait hérité en 1866 sa fille Marie Elisabeth Camille, née le 28 prairial an XII à Abbeville, rue Chaussée Marcadet, demeurant aussi à Abbeville, terres toutes vendues en 1875 et en 1900 [3P 296/4, f o 324].
Par sentence du Palais à Paris, du 17 septembre 1766, ont été adjugés par décret à Ambroise Léopold Jourdain et sa femme, les seigneuries et terres de l'Etoile et Condé-Folie-Bas et autres biens pour la somme 156 000 livres, ainsi que celles de Bouchon, moyennant 34 100 livres, soit un total de 190 100 livres, payé le 15 octobre à Paris par son procureur, Julien-François Gervais, marchand mercier à Paris [AN, ZZ3/182, acte du 15 octobre 1766]. Pour payer le montant total de l'adjudication il avait contracté ce même jour et par le même procureur un emprunt de 95.000 livres auprès de Me Frémyot de la Roche, procureur au parlement, demeurant à Paris [AN, mc CVII/535]. L'achat fut insinué à Airaines [Les registres des insinuations d'Airaines ne sont pas archivés] le 17 décembre 1766. Il incluait, selon le sieur Jourdain, les deux moulins (à blé et à huile) et les maisons et bâtiments alors affermés à Antoine Cacheleux [99 S 371128/1].
Le 29 novembre 1766, les époux achètent déjà d'autres terres à leurs censitaires (et en particulier à A. Cacheleux, fermier des moulins !). Jourdain de L'Éloge est déjà seigneur de "Voisin, Condé-Folie-Bas, Bouchon et autres lieux" et assisté d'un lieutenant (juge) et d'un greffier de seigneurie (B 45, f° 63-63v°).
1766-89 : développement de la mouture économique.
1767 : Les deux bras de la Somme vont co-exister jusqu'en 1767 [Allonville] L’ancien lit est donc comblé par le seigneur durant l’année citée !
1767 (31 janvier) : réception à St-Valery de 300.000 bois rouge de teinture destinés à ses moulins en construction, et intervention pour éviter le monopole des gribaniers [1C 1402/13].
1767 (novembre/décembre) : « L’événement arrivé icy dimanche dernier [22 novembre 1767] me détermine, Monsieur, a faire passer au pied du village la rivière du moulin, en partie ». Transactions et achats en vue de l'aménagement d'un coulant d'eau, par Jourdain de L'Éloge, demeurant Amiens [AP Hardy, n° 9, 10 et 7 ; B 45, f° 63v]. Il comble définitivement l'ancien lit de la Somme (Plan de D'allonville, et Mag. Encyclopédique, t. 2 de 1811, p. 86/7).
1768 (juin) : travaux en aval de Moreaucourt pour relier la rivière de décharge à la Nièvre [Mor. IX, p. 21]
1768 (5 juillet) : Autorisation de distraction des 200 journaux de marais, de la vente de L'Etoile [3E 31003]. -- « Déclaration du citoyen Jourdain, passée pardevant Baudelocque et son confrère, notaires à Amiens, dès le 5 juillet 1768, par lui signifiée aux habitans de l’Etoile et de Condé-Folie bas, dans l’instance de distraction des 200 journaux ou environ des Marais de l’Etoile, qui avoient été compris dans la saisie réelle des biens des Sieur et Dame de Calonne, telle qu’il se désistoit de ses prétentions, qu’il consentoit la distraction requise et de payer les frais par lui occasionnés » [CP_PM_1, p. 25 -- Acte].
1769 : le seigneur commence le boisement au lieu-dit le Tranquille, évitant ainsi de payer la dîme : " ledit seigneur en fait planter la plus grande partie en bois, laquelle domaine passe pour des nouveaux défrichés ". Il avait aussi reboisé le Camp-César, et il n'y avait plus lieu de dîmer [G 2228, art. 199 et 239]
1769 (fin décembre) : affaire de son voiturier bloqué par les haleurs à Picquigny [C 1404/17].
1775 : réprimandé à propos du mauvais entretien du bord de la rivière (C 1973, pièce 9).
(1775 : guerre des farines en avril-mai, faisant suite à l'arrêt de Turgot du 13 sept. 1774 établissant la liberté du commerce des grains [Picardie..., p. 104 et 127]).
1776-7. Procès à la maîtrise d'Amiens contre Jourdain de L'Eloge, Seigneur de L'Étoile, concernant l'établissement d'un pont (un plan) ; idem à raison du creusement d'un fossé de dérivation, par les habitants de Flixecourt [E Suppl. p. 344, Flix. FF 14/3 et FF 14/4 à 13]. Même affaire, à la Table de marbre 1788-89, au tribunal du district de Montdidier, jugeant en dernier ressort 1791-2 [E Suppl. p. 345, Flix. FF 15].
1778 (20 mai) : saisine du fief des Marais. Jourdain de L'Eloge habite rue de Metz à Amiens (E 143).
1784 (30 août) : journée particulière à L'Etoile : le seigneur marie un premier enfant, l’aînée de ses filles ! Eugène Bertrand de Puyraimond, écuyer demeurant en la ville de Poitiers, épouse Amélie Constance Fortuné Jourdain-Voisin. Visiblement l’on voit grand pour cette union. Pour officialiser cette union, Me Ricard, notaire royal à Amiens, se déplace au château de L'Etoile et rédige le contrat de mariage. Le futur époux sera doté de la « charge et office de receveur particulier des finances de la ville et élection de Poitiers », d’une valeur de 154.000 livres tandis que sa future épouse recevra en dot des ses parents un don d’une valeur de 100 000 livres (ce qui occasionnera un montant total de plus de 700 livres de taxes d’enregistrement !) Cinq pages sont nécessaires pour inscrire la liste des titres des 38 témoins du côté de la future épouse. Tous sont des notables, seigneurs, chevaliers, écuyer ou damoiselle pour les enfants à marier, ancien et actuels trésoriers de France au bureau des finances d’Amiens, conseiller secrétaire du roi, président de la cour des monnaies de Paris, Maître des requêtes du comte d’Artois, ou simple négociant à St‑Valery... Nombre d’entre eux sont déjà présents au château avec leurs conjoints et signent le contrat tandis que les autres n’apposeront leur signature que l’après midi, en l’étude du notaire à Amiens. Ce contrat montre à lui seul la puissance financière et le réseaux des relations financières dont disposait alors, Léopold Jourdain de L'Eloge, père de la contractante. On y remarque aussi que tous les enfants portent effectivement les noms à particules qui leur furent attribués par leur père, ainsi que lui-même l’avait fait dès son mariage en ajoutant à son nom celui de son épouse, Jourdain de L'Eloge. Ainsi, Jourdain de Voisin pour la future épouse, du nom d’une terre apportée par sa mère. Concernant les témoins, on notera toutefois que curieusement trois des enfants de Léopold n’y figurent pas ; par ailleurs certains de ces témoins influents, ou pouvant le devenir, semblent significativement plus connus par leurs titres que par leur nom, ainsi Robert, brigadier des gardes du corps du roi, époux d’une cousine germaine, voit ses prénoms laissés en blanc dans l’acte [3 E 31037]. Le mariage sera célébré le jour même, à 20 heures, non à l'église mais dans la chapelle du château de L'Etoile. L’acte religieux sera néanmoins porté au registre de la paroisse et une transcription de l’acte sera aussi portée à Amiens (paroisse St-Firmin le Martyr, dite St-Firmin à la Porte) [placé fin octobre]. [Il semble que des murailles et le puits aient été restaurés à cette occasion puisque la date de 1784 est gravée en plusieurs endroits.]
1786 (31 juillet) : autorisation à faire constater les pertes d'eau sur la Nièvre, et visite avec procès-verbal des 4 et 5 août 1786 [3 E 31063, Inventaire, p. 101]
1788 (22 juillet) : attaque au pont de Bourdon des bateaux chargés de blé en provenance des Moulins-Bleus [Voir Jumel, Bourdon, p. 11-12 ].
1788 (17 septembre) : avis donné concernant une plainte des habitants de L'Étoile contre le seigneur, dont les observations de celui-ci sont jugées justes [1 C 2174].
1788 (26 septembre) : les paroissiens signalent les mauvaises récoltes (lin et chanvre) et veulent faire payer au seigneur la taille sur ses prés. Mais, habile, il vend sa récolte encore verte. Aussi l'Assemblée de Picardie refuse la demande des paroissiens [1 C 2012, p. 355-6].
1788 (décembre) : roues des moulins encaissées, etc. [DA 795, Mémoire... et Rapport.., art. 1]
1789 (29 juin) : bien qu'ayant fait moudre gratuitement des grains, le peuple s'insurge contre les bienfaiteurs [MSAP, t. 25, p. 37-8].
1789 : le rôle des suppléments de L'Étoile (C 2178/8) relève que les revenus du seigneur sont, pour les six derniers mois de 1789, dans la paroisse, de 75 livres provenant du château et de ses dépendances, 2836 livres pour les 633 journaux de terre, 'aires, prés et de bois, champart censives et droits seigneuriaux, et 388 livres pour les 3 moulins au bois d'Indre (!) dont 1/4 en est déduit pour les réparations, et un magasin (total des revenus à L'Étoile : 3299 livres).
1789 : "Ecuyer, Seigneur de l'Étoile, Condé-Folie, Bouchon" (BMB Catalogue des gentilshommes... en 1789).
1791 (19 mars) : adjudication, de la ferme de Moreaucourt.
1791 (avril ) : procédure auprès du Directoire pour obtenir le paiement d'aréages dus par les religieuses de Moreaucourt, dont les terres étaient selon lui sur le terroir de L'Étoile. Une loi publiée en août met fin à ses prétentions [L 109].
1791 (21 août) : Déclaration de biens à la commune de L'Étoile, en plus de 60 articles (manque) [99O1617, dossier 2, Biens communaux].
1791 (28 septembre) : requête pour le rachat des rentes sur le Fief du Chapitre [L 106].
1798 : inventaire de la communauté, devant Me Baudeloque. Près de dix ans après la Révolution, une centaine d'habitants de L'Étoile continuent à être ses fermiers et à lui verser des loyers, pour un montant total de plus de 8.700 livres [3 E 31063, Inventaire].
1799, 24 février (6 ventôse an VII) : partage Jourdain entre le père et les neufs enfants. L'Étoile est divisé en trois lots, répartis entre le père et deux de ses fils, Alexandre de L'Étoile et Robert de Prouville [3 E 31066].
1802 : Jourdain de L'Eloge demeure à Valloires et envisage, à cause de son âge (74 ans), de vendre les Moulins-Bleus à son fils Prouville pour la St-Jean 1805 (mais cette idée sera sans suite et l’usine sera vendue en 1821 par les 9 enfants héritiers) [Encarts de 3 E 31063 (août/septembre 1802)].
1808 (24 novembre) : inhumation à Valloires. L'épitaphe est encore bien visible "Icy repose | le corps d'Ambroise | Leopold Jourdain Deleloge | né a Amiens le premier mars mil | sept cent vingt huit, décédé a | Valloirs le vingt quatre novembre | mil huit cent huit. Il fut bon fils, bon | epoux et bon pere. Il s'occupa | constament du soin de faire le | bien. Ses enfans affligés | ont consacré cette | pierre a sa memoire | Priez Dieu pour | le repos de | son ame" [Pic. Hist. et Mon., t. 3, 208].
Du 16 déc. 1808 au 25 janv. 1809, inventaire des biens de Jourdain de L'Éloge, chez un notaire de Vron (Somme) [BSEA, t. 20, p. 291]. C'est probablement Me Fuzellier [il n'y avait aucune archive notariale de Vron aux ADS, en 1996], lequel rédigea une procuration pour le mariage de son fils en 1805.
(1821, 3 octobre : vente de l’usine des Moulins-Bleus par les héritiers [3E 31107]).
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Publication Ghislain Lancel.
Première publication, le 4 janvier 2016. Dernière mise à jour, idem