L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Murs et grille du château

 

Il subsiste encore plusieurs tronçons du mur d'enceinte de l'ancien domaine seigneurial et la grille d'entrée de l'ancienne Cour d'honneur est toujours en bon état, Place du Luxembourg.

Sur le plan napoléonien (1833) on a figuré en noir les emplacements des murs subsistants. Un long mur, qui démarre au niveau d'un ruisseau et du Chemin des Prés (fermé sur le plan !), et qui se poursuit au fond de l'espace scolaire se trouvant derrière le collège Jules Ferry, longe les anciens jardins seigneuriaux (mur en noir partant du bas de la photo, en réalité de l'est). Puis il tourne à droite où il est constitué des restes d'un ancien bâtiment. De l'autre côté de l'accès à l'ancienne basse-cour il longe la Place du Luxembourg, s'interrompt pour la grille d'accès à l'ancienne Cour d'honneur puis longe du côté sud l'ancienne rue d'Amiens, avec une interruption au niveau de la pharmacie et se termine à l'emplacement de l'ancien bâtiment des pompes. Rue St-Martin, les anciens se souviennent d'un mur (tiret noir), peut-être témoin d'une enceinte plus vaste ou plus ancienne...

La délimitation du côté sud, au voisinage des marais, semble s'être matérialisée par un simple fossé.

Le mur nord des anciens jardins

  
Le mur des anciens jardins seigneuriaux (J. Hérouart, et G. Lancel 20/02/2000)

Le mur nord des jardins des anciens seigneurs de L'Etoile, encore visible, derrière le collège. Il est bien visible, vu du sud, sur deux cartes postales (à voir de préférence avec une forte loupe sur de vraies cartes postales), les CP 214 (avec les dépendances ouest et le pigeonnier) et la CP 358 (avec le Chemin des Prés bordé d'arbres, les étangs, etc.)

Ce mur délimitant le nord des anciens jardins est constitué de blocs de calcaire avec, côté commune seulement (au nord), une légère frise de briques débordant d'environ 1 à 2 cm aux deux tiers de la hauteur. Le haut du mur est protégé en son sommet des intempéries par un lit de briques rouges surmonté de blocs arrondis (de forme semi elliptique) dont le premier (à l'est) porte gravée l'année 1784, la même date que celle qui figurait sur une pierre du pigeonnier. Cette année là correspond certainement à une importante restauration, ou construction en ce qui concerne les murs, et surtout à une volonté générale de bien rappeler, aussi par ses possessions, la présence de la classe dirigeante à l'approche de la Révolution. Cette date n'est presque plus visible aujourd'hui, le 4 a disparu et il manque la partie supérieure des chiffres 1, 7 et 8 (décembre 2007).

Ce mur commençait au niveau d'un fossé, ce qui n'a guère changé, longeant le vieux Chemin des Petits Prés, lequel se prolonge aujourd’hui jusque dans les marais. Ce Chemin des Prés permet de relier les marais à la Rue St-Martin, et même à l'ancienne Rue d'Amiens par l'étroite ruelle de l'Ecce-Homo qui se trouve presque dans son prolongement.

Parallèlement à ce mur, en existait certainement jadis un mur plus ancien, longeant la très vieille rue St-Martin, rue visiblement détournée pour la construction du château. Jacky Hérouart se souvient que lorsqu'il avait entre 4 et 6 ans (entre 1948 et 1950), tout le long de la rue Saint-Martin il y avait un mur en pierre, identique à celui de la Rue du 8 Mai, qui allait au moins jusqu’au coin du chemin des Petits Prés. Un jour le mur s’est en partie écroulé sur un enfant, qui en est décédé. Lui avait alors eu l’ordre par ses parents de ne jamais aller de ce côté de la commune ! Jacques Arator, pupille âgé de 3 ans, décédé Rue St-Martin le 8 août 1948, est le seul enfant en âge de marcher qui soit décédé dans les années 1948/50.

L'entrée de l'ancienne Basse-cour

 
L'entrée de l'ancienne Basse-cour (G. Lancel, vues vers le nord, 23/05/99 et 26/10/03)

L'entrée de l'ancienne Basse-cour s'effectuait par une porte, aujourd'hui composée d'une légère double grille en fer forgé, encadrée par deux piliers, positionnés ouest et est (photo de gauche, celui à l'ouest est masqué par le lierre).

Sur la photo de droite, le mur, qui prolonge à angle droit celui du jardin, semble formé de la partie basse du mur d'un bâtiment n'existant plus aujourd'hui. La partie haute, sectionnant obliquement les rangs de pierre calcaire pour suivre la dénivellation du terrain, est composée de couches superposées de briques. Le pilier (côté est), détaché du mur de 14 cm (espace partiellement comblé d'un léger appareillage côté nord), semble confirmer la présence d'un ancien bâtiment, mur qui se prolonge d'ailleurs au delà du pilier sur environ 1,50 m puis tourne à angle droit vers le pignon de l'actuelle maison Merchat, comme l'ancien bâtiment. Le sommet de ce pilier, en forme de champignon, est plat ; probablement servait-il jadis de support pour un vase (Ci-contre, le fait du pilier est, vu du nord, J. Hérouart, 04/12/07).

A gauche, la partie qui se trouve avant le pilier, qui semble étêté, était certainement le pignon est d'un ancien long bâtiment, dont l'autre extrémité était dite la maison Lheureux. Après le pilier commence le mur de la Cour d'honneur et sa belle grille d'honneur en fer forgé.

Piliers et grilles de la porte de la Basse-cour

  
Les deux piliers de la porte de la Basse-cour (Ph. J. Hérouart, 05/12/07)

Les piliers, du moins celui à l'est, comportent de profondes incisions qui permettaient certainement de recevoir jadis des grilles ou portes en bois plus massives. Ces grilles ont une composition qui rappelle celle de la grille d'honneur (voir ci-dessous) mais encore plus sobre.

Pour ces piliers (et le pigeonnier), voir aussi la carte photo CP 274.

Le mur de la Cour d'honneur

 
Le pigeonnier et le mur de la Cour d'honneur (G. Lancel, 23/07/91 et 26/10/03)

A l'ouest de la Place du Luxembourg, s'expose au soleil le mur de l'ancienne Cour d'honneur du château. Il est réalisé avec un appareillage nettement plus recherché que celui des autres murs de l'enceinte. Ici, des losanges de briques rouges créent un rythme chaud et dynamique autour de la grille principale d'entrée. A quelques rangs de pierres au-dessus de la base du mur un filet de briques rouges, avec décalages adaptés à la dénivellation du terrain, ajoute encore au dynamisme de cette façade. Le sommet du mur est plat, et se poursuit ainsi jusqu'à l'actuelle pharmacie de la rue du 8 Mai.

La grille de la Cour d'honneur

  
La grille du château (G. Lancel, 29/06/92 et 26/10/03)

La très grande sobriété de la grille d'accès à la Cour d'honneur de l'ancien château surprend, notamment quand on la compare à celle du Château Rouge de la famille Saint à Flixecourt, beaucoup plus ouvragée, mais, aux derniers siècles où furent réalisées ces grilles, les fortunes étaient différentes. Néanmoins la partie fixe et décorative du sommet présente quelques jolies arcatures, et on peut penser que si jadis le cercle central comportait les armes de la famille propriétaire alors l'effet devait être agréable. On remarquera que ces éléments en fer forgé sont encore très bien conservés. Les piliers, en partie recouverts de lierre, semblent moins imposants que ceux de la grille de la basse-cour. Celui du côté nord est étêté, le gel pourrait le dégrader assez vite (décembre 2007). Au sol deux pierres dressées permettaient aux véhicules entrant dans le parc, peut-être déjà du temps des carrosses..., de bien se positionner sans accrocher les piliers.

La petite porte (et la maison du concierge)

A droite de la grille d'honneur une petite porte, fermée par une grille reprenant la composition de la grille d'honneur, permettait certainement d'accéder au logement des concierges, une petite habitation aujourd'hui rasé qui se trouvait juste derrière le mur. On y a connu en dernier lieu comme locataires le couple Boudin/Danten (recensé en 1946). Il est présumé que c'est donc à cet emplacement que demeurait au siècle précédent le couple Broquevielle/Ridoux, vrais concierges du château en 1814, et au XVIIIe siècle, les Wallet/Longuet, aussi concierges de ce château entre 1772 et 1775. Une de leurs filles (malheureusement décédée un mois plus tard, née "au château", sera d'ailleurs baptisée avec les prénoms de Marie Ursule Constance, exactement ceux Madame Lasnier, épouse du Seigneur, qui toutefois n'est pas marraine de l'enfant !

(Ci-contre, le pilier nord de la grille principale, la petite porte et sa grille assortie. Photo J. Hérouart, 04/12/07)

La maison des concierges longeait le mur, son toit était encore visible sur quelques cartes postales (CP 289, la meilleure, ou 377), avant sa démolition , vers 1954. Cette maison sans étage était en torchis et à proximité se trouvait une guérite renfermant la statue d'un saint [Marius Pecquet].

Les murs de la Rue d'Amiens

  
Le mur Place du Luxembourg et rue du 8 Mai (G. Lancel, 02/12/99 et 26/10/03 pour les deux dernières)
 
Clichés J. Hérouart (2007) et G. Lancel (29/04/08)

Dans le virage le mur est percé d'une porte donnant accès à une habitation moderne construite dans le parc du château, vers 1955 (la maison Jourdain). Cette ouverture est toutefois ancienne puisque les locataires du château entraient par cette porte, alors déjà munie d'une grille ressemblant en plus simple à la grille principale. Le mur d'enceinte rejoint ensuite l'ancienne Rue d'Amiens (actuelle Rue du 8 Mai) sous une forme sobre. Le sommet du mur est protégé jusqu'à la pharmacie par des briques rouges posées en "V inversé" pour reprendre ensuite sa forme arrondie en calcaire (comme pour le tronçon des anciens jardins, mais sans frise). Dans le virage, la base est constituée de blocs de grés (d'un mur primitif ?) C'est lors de la démolition du château en 1951, que le mur fut détruit, au niveau du château, pour y construire l'actuelle pharmacie et y placer la palissade en béton qui suit.

Fut aussi détruite, en même temps que le mur, la porte de cette muraille qui se trouvait juste en face des quelques marches d'accès à l'épicerie Andraud (dans les années 1910/40). Elle permettait aux locataires des meublés du château de se rendre à l'épicerie sans faire le détour par la grille d'honneur de la Place du Luxembourg. La porte en bois fut un jour enlevée, et même disait-on emportée par un locataire. A l'approche de la guerre le passage avait été obstrué par un grillage [J. Hérouart].

Rappelons que peu avant la fin du mur d'enceinte on distingue encore dans la muraille la trace d'une autre porte, porte basse obstruée de longue date. C'était peut-être un passage d'accès à d'anciens souterrains.

L'ancien mur, restauré à la base par des couches de briques, se termine à l'ouest là où se trouvait le chalet Petruz, juste avant l'ancien bâtiment des pompes construit vers 1858 (Carte postale 124). Ces deux bâtiments voisins (12,20 m de façade à eux deux) étaient dans le même style que le château et construit des mêmes pierres que le mur d'enceinte ; tous deux empiétaient largement sur la rue d'Amiens. Une très lourde porte en bois placée dans la muraille à gauche du chalet permettait aux piétons d'accéder au parc et au chalet.

Le "chalet Petruz" avait surtout été occupé par les Magnier en période de chasse. A la suite de difficultés financières, les Magnier/Pecquet l'avaient vendu à Charles Petrus et Simone Pecquet son épouse. Mais il avait été payé en nature, sous forme de travail au profit du vendeur. Charline Chaumu-Pecquet se souvient que, sans enfants, les Petruz avaient vendu, ou donné, ce chalet à André Vasseur. Le pavillon n'avait pas de porte donnant directement sur la rue d'Amiens, pas plus d'ailleurs que de fenêtre. Après avoir franchi la muraille par une lourde porte aménagée dans le passage à gauche du chalet, on entrait donc dans le pavillon par le côté, où une porte avait été implantée dans le mur est, près du mur d'enceinte. Après la mort de Simone, ce chalet fut rasé, dans les années 1980, peut-être pour l'élargissement de la route. Il y avait à l'étage de vieilles boiseries et une vieille cheminée avec au-dessus un écusson...

Toutefois ce chalet pourrait ne dater, comme le bâtiment aux pompes, que des années 1850/60. D'ailleurs il ne figure pas sur les plans napoléoniens de 1833. Le plan de contestation du bâtiment des pompes montre qu'alors le mur d'enceinte formait une avancée vers la rue puis tournait en s'enfonçait vers les marais. L'avancée du mur, d'environ un mètre sur 4,20 mètres de longueur, était-elle le témoignage d'une nostalgie de bastion à l'angle d'une muraille ?

Voir aussi, tout au bas de la carte postale CP 231, la partie de l'enceinte du parc du château longeant la Rue d'Amiens (Rue du 8 Mai) depuis le chalet Pétruz (à droite du bâtiment aux pompes) jusqu'à la Place du Luxembourg.

 

Le mur d'enceinte, qui débordait jadis encore plus que le mur actuel sur l'avancée qui encadrait le chalet Petruz, est maintenant en retrait, et remplacé par une troisième palissade en béton (Ci-dessus, clichés J. Hérouart, 11/12/07) .

Le mur d'enceinte se poursuivait-il ensuite vers les marais ? C'est possible, et même bien probable si l'on en juge par le plan de contestation (ci-dessus), mais il n'y a plus aujourd'hui qu'une séparation en grillage. On évoque toutefois une ancienne porte de passage, ce qui supposerait un mur, et le fait que les deux bâtiments des pompes et Chalet Petruz aient été construits en pierres identiques à celles du mur pourrait tout simplement signifier que le mur vers les marais avait été démoli pour une réutilisation des pierres à la construction des bâtiments ?

 

Dernière mise à jour de cette page, le 19 mai 2008.

 

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