L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL |
Maison privée, le "Chalet Lancel", doit son nom à Aimé Lancel, ancien notaire bienfaiteur de la commune pour des terrains offerts à l'instituteur et deux vitraux de l'église, et son qualificatif de Chalet à sa forme caractéristique.
La parcelle sur laquelle se trouve aujourd'hui l'habitation se caractérise par une forme très particulière, disons en truelle, ayant pour manche un chemin d'accès coincé entre deux autres parcelles donnant aujourd'hui sur la rue du 8 Mai. La partie pleine de la "truelle" comporte un partie rectiligne (à l'est) et une partie en arc de cercle (à l'ouest), tandis que la partie sud est délimitée par l'actuelle ruelle Fringuette. Il semble donc évident qu'avant la construction des rues actuelles, la partie sud donnait directement sur l'ancien lit de la Somme tandis que les parties nord et ouest (sans le chemin d'accès) étaient longées par le chemin venant du château, lequel chemin contournait cette parcelle pour arriver au gué ou bac permettant de traverser la Somme. On peut facilement observer cette particularité sur la feuille N° 1 des plans rouleaux Ancien Régime de L'Etoile dessinés à grande échelle vers 1782/83, la parcelle ayant le numéro 9, l'un des tout premiers (sur un total de 1848 parcelles) [Archives départementales de la Somme, RL 57]. On sait de plus qu'elle appartenait alors à Monsieur de Riencourt, un notable dont la fonction tend bien à prouver l'ancienne position privilégiée de cette parcelle, lieu de péage ancestral pour la traversée de la Somme [ADS, 78 H 19]. A cette époque les Lancel ne détenaient donc pas encore cette parcelle, mais on les retrouve détenant deux parcelles très voisines à l'ouest de celle-ci.
Un plan privé montre, peu après la Révolution, la masure à Pierre-Antoine Lancel (1761-1841), avec une habitation à l'emplacement actuel, mais dont la schématisation du toit signale nettement une maison ancienne dont il ne reste plus rien à ce jour.
Un autre plan privé (ci-dessus en partie), datant d'après la Seconde guerre mondiale, montre en gras les parties qui avaient été détruites par l'occupant, et en particulier le pigeonnier qui était situé au-dessus de l'entrée. On reconnait très bien, à droite du plan, le corps du chalet (salle) et ses deux ailes. Cette ferme comportait de nombreux bâtiments agricoles, ainsi qu'une dépendance à l'arrière de la maison, qui serait bien utile aujourd'hui, à savoir six chambres, deux au rez-de-chaussée et quatre à l'étage !
Aimé Lancel (1833 L'Etoile ; 1911 L'Etoile), notaire à Noyon (Oise), est celui qui fit construire le chalet sous sa forme actuelle. En 1894 il hérite de la ferme familiale de la rue d'Amiens. L'habitation est démolie puis reconstruite (en 1899?) sous forme du chalet actuel. Un devis non daté est adressé à Aîmé, notaire à Noyon. Il commence par la mention de la démolition de la construction précédente et de travaux de fouilles en contrebas du sol de la cave. Aimé décède en 1911. Par testament rédigé en 1905, il léguait ses biens à quatre de ses six neveux et nièces. Par préciput, le chalet est attribué en usufruit à Louisa, veuve Bodereau, et en nue-propriété à Alcide Lancel. En fait, sur requête des quatre héritiers, la nue-propriété avait été vendue par adjudication en 1919 à la Société Saint-Frères, et aussitôt acquise par Alcide qui avait surenchéri de un sixième, et adjugée à ses deux fils André et Jean.
Bienfaiteur de la commune et de la paroisse, "L'an mil neuf cent, le dix huit avril... M. le Maire informe le Conseil que M. LANCEL Aimé, propriétaire, demeurant à L’Etoile, a cédé gracieusement à la Commune un terrain lui appartenant, situé en face de l'école pour améliorer la ruelle conduisant à l'Eglise et le reste servir à l'établissement d'un jardin destiné à l'instituteur public de L’Etoile", une ruelle située non loin en face de sa maison honore sa mémoire, Ruelle Aimé Lancel. En souvenir de son épouse, Hélène Nitot, il avait aussi offert à l'église le vitrail de Sainte Hélène, ainsi que celui de Sainte Amélie.
Louisa Lancel, veuve Bodereau et sans enfants, adoptera Jean Lancel, conservateur des hypothèques, dont le nom deviendra alors Jean Lancel-Bodereau, à eux deux, une pianiste avare et un homme aux allures de "Grand seigneur" chevauchant sa mobylette sont des figures encore présentes dans la mémoire des anciens du pays. Louisa fut la dernière des Lancel à habiter le chalet, avant de fuir, en 1940, quand les allemands arrivèrent (Voir Evacuation). La ferme fut occupée, pillée. Dans un grand feu disparurent le porche, une statue, et les documents de famille extirpés d'un coffre éventré, plus tard le pigeonnier.
Epargné par les allemands, contrairement au pigeonnier, dont on dit que les briques servirent aux Allemands pour empierrer les accès aux V1, ce chalet a gardé son aspect jusqu'à ce jour. Il n'y manque, semble t-il, que les épis de faîtages !
Planté sur un terrain historique de plus d'un demi-hectare, situé à l'ombre des élégantes ruines de l'église, ce chalet est l'une de très rares habitations anciennes de L'Etoile qui soit en retrait de la route, alliant au calme et à la verdure, le charme désuet de l'une des plus belles propriétés du village.
Crédit photographique : Ghislain Lancel (15/10/10). Documents privés Ghislain Lancel.
Première publication, le 18 octobre 2010. Dernière mise à jour de cette page, idem.