L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Paul Hutteau, le mur de L'Etoile

 

Paul Huteau, alias le Fakir Blanc, se retirera à L'Etoile à l'Auberge du Colvert, sans avoir perdu que ses extraordinaires facultés...

Le mur du château n'empêchera pas le débarquement...

Nous sommes en pleine guerre, sûrement début 1943. Polmann vaque à ses occupations de cafetier lorsqu’un officier allemand d’une certaine prestance, hautain voire arrogant, se présente à l’auberge du Colvert et demande à être reçu par M. Paul Hutteau. Dans l’attente de l’arrivée du patron, le personnel présent craint le pire. L’allemand n’est pas l’un des officiers résidant à la Kommandantur du chalet Lancel et sa désinvolture d’aller de droite et de gauche, de regarder dans les pièces voisines sans y être autorisé, font que chacun est inquiet… On se pose la question : Y aurait-il eu une dénonciation quelconque concernant les activités de Mr. Paul ?

Enfin le cafetier se présente. Visiblement il ressent un certain malaise à la vue de cet allemand inconnu. Les deux hommes, de statures identiques, sont face à face, ils se toisent. Leurs regards sont figés, aucun ne baisse les yeux devant l’autre. Le personnel et les clients présents dans le café s’attendent pour le moins à un duel verbal très animé. Mais connaissant les nombreuses aptitudes de Mr. Paul pour se sortir de ce genre de situation ils ne sont pas inquiets outre mesure.

Prenant alors la parole, dans un français assez correct, l’officier allemand explique à Mr. Paul qu’il est venu lui demander l’autorisation de démonter le long mur en pierre de l’ancien château, mur qui sépare sa propriété à L'Etoile (du côté de la rue Saint Martin) et les jardins du château (côté marais).

Depuis quelques mois l’on entend parler d’un éventuel débarquement des alliés sur les plages de Normandie. Les allemands sont donc à la recherche d’énormes stocks de grosses pierres à disséminer sur nos plages afin de perturber le débarquement ou l’avancée de nos troupes. A cette fin, l’officier veut donc emporter toutes les pierres de ce mur du château, 95 mètres de long sur 2 mètres de hauteur et environ 40 à 45 cm d’épaisseur !

Mais, la tête rivée sur les épaules, droit comme un bâton, les bras le long du corps, le regard plongé dans les yeux de l’allemand, Monsieur Paul ne répond pas !

Reprenant la parole, l’officier explique qu’il ne s’est sans doute pas bien exprimé et reprends de A à Z l’ensemble de son exposé et demande à nouveau à Monsieur Paul de bien vouloir l’autoriser à démonter et emporter les pierres de son mur.

Imperturbable, son regard toujours fixé dans les yeux de l’allemand, Mr Paul ne répond toujours pas !

Enervé, perdant son sang froid, l’allemand utilise alors la réplique imparable  : « J’ai le moyen de vous faire parler ! » Joignant le geste à la parole, il soulève sa veste, dégrafe son étui, en sort un révolver qu’il braque vers Polmann en déclarant : « Cette fois vous n’avez pas le choix, vous allez me donner votre réponse et tout de suite ».

Et toujours la même attitude de la part de Polmann qui cette fois à un révolver pointé vers lui ; aucun son ne sort de ses lèvres...

L’officier ne comprend pas une telle obstination. Il est à bout.  Dans la salle on entendrait une mouche voler. Le personnel et les clients s’inquiètent, Comment cela va-t-il se terminer ? Qu’elle va être la réaction finale de cet officier aussi têtu que Polmann. On craint en effet le pire. Ce ne sont plus des paroles que dicte l’allemand, mais des vociférations, des hurlements, et cette fois le révolver se trouve à quelques centimètres de la tête de Paul qui n’a toujours pas bougé de place et qui fixe toujours obstinément le visage de son adversaire…

En fait, bien que semblant inactif, l’hypnotiseur Polmann s’était mué dans la peau de Monsieur Paul et avait mis en place son prodigieux pouvoir. Aussi, sans en comprendre le pourquoi ni les raisons l’allemand se calme, baisse le bras, range son arme dans l’étui, adresse un dernier regard presque amical en direction de l’homme qui lui a tenu tête un révolver braqué sur lui, tourne les talons et sort de l’établissement.

 

L’officier n’est jamais revenu, on ne l’a jamais revu. Le mur du château de L'Etoile n'a pas servi au mur de l'Atlantique ; le mur du château est toujours présent et le débarquement eut lieu le 6 juin 1944 sur les plages normandes.Outre le personnel, étaient présents dans la salle M. René Flandre et son fils Pierre alors âgé de 14 ans. On ne peut douter qu’après le départ de l’officier, Monsieur Paul confirma qu’il avait toujours été le maître de la situation puisque peu à peu il avait hypnotisé et conditionné l’officier... au point qu’il ne fut plus en son pouvoir d’actionner la détente de son révolver !

 

Il faut beaucoup de temps pour publier une simple page. Après la mise en forme des textes, les traitements photographiques et l'agencement des pages du Fakir Blanc et des Joueurs de ping-pong, je les avais naturellement présentés aux intervenants pour validation du contenu et de la présentation avant la publication. Ces précautions ont bien des avantages. Non seulement M. Pierre Hutteau, neveu de Polmann, en a été satisfait mais ces textes lui ont rappelé un autre souvenir, historique, aussitôt pris en note par J. Hérouart  ; c'est ce nouveau souvenir inédit qui est publié dans cette page. Remerciements à Pierre Hutteau et à Jacky Hérouart (9 février 2009).

Dernière mise à jour de cette page, le 13 février 2009.

 

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