L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL
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L'école de L'Etoile, jusqu'à la Révolution

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L'instruction sous l'Ancien Régime

Dans les temps anciens, pour quelques individus, une instruction de base était nécessaire. Pour L'Etoile elle concernait naturellement le seigneur et les gestionnaires de la seigneurie, le curé et les sœurs du prieuré de Moreaucourt, ainsi probablement que certains notables du village, comme peut-être ces échevins dont la présence est attestée depuis 1379. Mais même pour ces représentants des stelliens, ce n'est pas certain car les échevins de 1567 ne savaient pas encore signer, ce qui ne veut toutefois pas dire que leur compétence n'était pas reconnue. Cette année là, ils étaient à côté du seigneur pour préserver leurs droits de pêche remis en cause par l'institution des Coutumes.



En 1567, seuls savaient signer le seigneur (Antoyne Leblond)
et le curé (Devauchelle)
Les échevins (Bernard Flameng et Guill[aume] Caye [Cagé]),
ne savaient qu'apposer leur "merque" (TTT)
[BN, Fr; 2842, f° 29]

L'obligation scolaire n'est inscrite que dans les déclarations royales de 1698 et 1724. Ces directives ne furent toutefois pas toujours appliquées, du moins l'été, mais pour L'Etoile on a la certitude qu’un minimum de scolarisation fut mis en place. On constate en effet à la lecture des registres paroissiaux, ces cahiers sauvegardés depuis les années 1700 dans lesquels presque tous les habitants de la paroisse étaient amenés un jour ou l’autre à y apposer leur marque ou signature, qu'un grand nombre d'hommes savaient signer et qu'il en était de même pour bien des femmes. Mieux, l’observation des signatures révèle qu’elles ne se composaient pas uniquement d'une succession de lettres juxtaposées, mais de lettres reliées entre elles, signe d'une bonne assimilation de l'écriture, et par conséquent d'une certaine aisance à la lecture.

On trouve à L'Etoile des mentions de clerc dès 1599, de clerc laïc en 1707 et de magister dès 1713, sans que l'un de ces termes ne l’ait jamais emporté sur l’autre avant la Révolution, période où celui d’instituteur remplaça définitivement celui de magister, du moins dans les textes officiels. Les gens du village, eux, conservèrent encore durant plus d’un siècle la dénomination ancestrale : vers 1911, Paul Lejeune, instituteur aux Moulins-Bleus, était encore appelé « ch' magister » par les gens du quartier !

Les clercs, ou les clercs-laïcs, prodiguaient l’instruction (écriture, lecture, religion). Au XIVe siècle le clerc était un lettré de formation ecclésiastique, par opposition au clerc-laïc (clerc-lai). Mais clerc deviendra synonyme d'homme de plume, de greffier, et/ou de maître d'école. De fait, Jean Fricot, ne sachant exactement qui ferait quoi au jour de son décès, associe le vicaire, le clerc et le magister dans une donation testamentaire de 3 livres (60 sols) en date du 16 octobre 1696 : "moiennant quoy le curé de Lestoille aura 48 sols et le clercq ou vicaire ou magister 12 sols" [f° 22, E Suppl. p. 385]. Pauvre enseignant qui ne reçoit que le quart de la part du curé !

Les cahiers et plans de 1783 dénomment et montrent l'emplacement de l'école témoignant ainsi de cette volonté d'instruire les jeunes de la paroisse. "Maison vicairrialle et l'école" est un bâtiment situé près de l'église, en face du presbytère, à l'emplacement même où sera logiquement construite plus tard l'ancienne Mairie-Ecole de garçons (actuelle Chapelle Sainte Anne) [Cahiers du 78 H 19 et Plans RL 58, Parcelle 1841]. L'Ecole était payante, la financer était l'affaire de tous. La fabrique (les biens de l'église paroissiale) ne devait son existence qu'aux legs et oboles de tout un chacun. A L'Etoile, elle était bien pourvue, ainsi en 1788 elle reversait 20 livres au magistère, autant qu'au vicaire ! [C 2175/129].

Période révolutionnaire

Les informations générales sont extraites du livre de Ch. Manable, La Révolution Tranquille (Canton de Villers-Bocage), p. 183-190.

On sait peu de choses sur ce que devint à L'Etoile l'instruction durant les premières années qui suivirent la Révolution, mais la continuité a semblé y prévaloir, sans heurt, là aussi, d'autant plus que l'enseignant était alors un laïc. On relève en effet dans les registres paroissiaux que Pierre CARPENTIER était clerc-lai en 1785 et que le même homme se désignait comme maître d'école entre 1791 et 1792.

Fin 1793, l'enseignement primaire devient obligatoire et gratuit pour tous les enfants de 6 à 8 ans (loi Bouquier). Les maîtres d'école sont désignés par des jurys populaires et les municipalités doivent assurer leur rétribution ! Pierre Carpentier, peut-être un moment écarté, est toutefois encore en exercice en 1795 et l'on verra que l'Ecole sera l'occasion de l'une des rares contestations exercées par la commune auprès des instances révolutionnaires.

Si la loi du 27 brumaire an III (17 novembre 1794) proposait d'instituer une école pour 1 000 habitants (mais aussi de supprimer l'obligation scolaire !), la circulaire du 25 nivôse (14 janvier 1795) y apporta de sévères restrictions ! [L 1878]. Ainsi le registre aux délibérations du directoire du district d'Amiens, séance du 13 ventôse an III (3 mars 1795), enregistre une proposition d'organisation des écoles par groupement de communes, soit une unique école sise à Condé-Folie, regroupant les enfants des quatre communes de Condé-Folie (864), Bettencourt-Rivière (335), L’Etoile (667) et Bouchon (379), ensemble totalisant 2 245 habitants ! [BMA, H 3661 (imprimé)].

Inadmissible ! Moins d'un mois plus tard, le 12 germinal an III (1er avril 1795) le jury d'Instruction publique reçoit une pétition adressée par la commune de L’Etoile afin d'obtenir une école dans son village, en plus de celle de Condé-Folie, mettant en avant les risques que prendraient les jeunes enfants devant passer le bac pour traverser la Somme et se rendre à l’école... La commune de L’Etoile va jusqu'à proposer comme expédient de partager les salaires des deux instituteurs, ou institutrices, des deux villages...

L'argument du bac semble un bien beau prétexte ! En réalité, n'était-ce pas l'ancestrale guéguerre qui continuait avec Condé-Folie ! On sait en effet que depuis le 10 mars 1791 le directoire du département avait autorisé les habitants de L’Etoile à faire effectuer des réparations au pont. Toutefois il était précisé que c'est à l'issue d'un procès que serait décidé s'ils paieraient seuls les frais ou s'ils seraient à partager avec Condé-Folie-Bas...

Quoi qu'il en soit, satisfaction avait été donnée aux stelliens puisque les registres communaux mentionnent l'installation à L’Etoile, dès le 17 floréal (6 mai 1795), de Pierre Carpentier, instituteur, désigné par le directoire du district pour instruire les enfants de L’Etoile et de Bouchon. D'après la loi il logerait et enseignerait donc dans la maison presbytérale de L’Etoile. L'agent municipal justifie, le 29 brumaire an IV (20 novembre 1795), que ledit instituteur n'a jamais cessé d’être en activité, et peut donc être payé, 1 200 livres par an [Justificatifs : L 1878].

Comme ce fut le cas pour bien d'autres villages, la maison presbytérale de L’Etoile fut vendue puis restituée, entre messidor et fructidor de l'an IV (juillet et septembre 1796). Probablement l'instituteur avait-il protesté de son expulsion ! En décembre 1798, un état enregistrait officiellement la proposition de réserver la maison presbytérale de L’Etoile au logement de l'instituteur de l'école primaire [1 Q 99].

Depuis le décret du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795), toutefois appliqué avec retard, les instituteurs n'étaient plus rétribués par l'état ; ils redevenaient à la charge des parents ! La scolarité n'était toujours pas redevenue obligatoire, les garçons restaient donc majoritaires sur les bancs des écoliers. L'éducation n'était pas la priorité de la Révolution !

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Dernière mise à jour de cette page, le 8 décembre 2006.

 
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