L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Objets du culte et de l'église sauvegardés !

Tout n'a pas été totalement perdu lors de l'effondrement du clocher de L'Etoile en 1985 ni après l'embrasement de l'église, six ans plus tard. En dehors de plusieurs statuettes, certains objets du culte ou de l'église, souvent enfouis dans les décombres, furent récupérés et sauvegardés par des particuliers. D'autres avaient été photographiés avant les catastrophes !

Bâtons de chantre et autres, dans les armoires du clocher

En mai 1984, Jacky Hérouart, alors adjoint de M. Roger Minard (maire de L'Etoile de 1965 à 1995) avait photographié deux bâtons de chantre, aujourd'hui disparus. D'après M. Pierre-Marie Pontroué, alors Conservateur des Antiquités et objets d'Art de la Somme, ils sont en métal argenté, datant du XIXsiècle. L'un représente Saint Jacques et l'autre la Sainte Vierge. Ils étaient inscrits à l'inventaire des M. H.

J. Hérouart témoigne : En mai 1984, alors que le conseil municipal avait décidé de consolider le clocher nous sommes allés, Monsieur Minard (maire), l'architecte et moi-même (adjoint), à l'intérieur de l'église et du clocher. Côté sud du clocher, le long du mur au rez-de-chaussée, il y avait d'énormes armoires dans lesquelles se trouvait tout un stock de vêtements, sûrement ceux de mon grand père (dernier bedeau, décédé en 1945), et parmi ces vêtements de cérémonies, tout un mic mac d’objets qui devaient servir autrefois lors des pèlerinages (arc de triomphe, etc.). Se trouvaient aussi sur les étagères des vieux livres de messe, un énorme livre très usagé (antiphonaire, voir ci-dessous) et ces deux bâtons de chantre. Quand je suis revenu, à la demande de l'architecte, pour prendre des clichés des quatre faces de la partie haute du clocher (voir Clocher), j'en ai profité pour photographier ces bâtons et j'ai demandé au personnel de l'atelier municipal de les nettoyer au Brasso (produit alors très employé pour nettoyer les cuivres, les bronzes, etc.), afin que je puisse les photographier dans un meilleur état. Quelques jours plus tard je suis donc retourné à l'église mais, l'on ne m'avait pas prévenu, les supports en bois des vieux bâtons étaient cassés – vermoulus, ils n'avaient évidemment pas résisté aux manipulations... Je suis donc allé dans une menuiserie demander de refaire un manche (un seul, interchangeable, vu le prix, 160 francs !) et je pus enfin tirer des photos des bâtons, en leur état d'antan, reluisant comme neuf ! A mes frais, j'avais demandé que le nouveau manche soit en bois noble, en hêtre et non en sapin, de forme identique à l'original.

Après l’écroulement du clocher, curieusement, on n'a pas retrouvé ces longs bâtons, ni dans les tas de pierres ni dans les gravats divers. Mais ces précieux bâtons ne sont peut-être pas perdus, peut-être furent-ils récupérés par des gamins, des stelliens apitoyés observant les dégâts, ou par du personnel de l'entreprise Chevalier, laquelle était chargée d’effectuer les travaux de consolidation du clocher et se trouvait sur place, pour entreposer son outillage, depuis la veille de l'effondrement ! Ils ont pu être aussi soustraits bien avant l'effondrement du clocher, peu de temps après leur restauration... Les retrouver serait un vrai bonheur !

   
Photographies prises avant et après nettoyage, avec un nouveau manche interchangeable
Ces clichés sont les seuls connus de ces bâtons de chantre, aujourd'hui disparus

    

Les bâtons complets mesurent 1,80m de long,  dont 40cm pour la partie argentée.

Navette à encens (incendie de l'église)

 

Cette navette à encens, récupérée dans les gravats après l'incendie de l'église et entreposée chez J. Hérouart, n'a pas été restaurée. Elle mesure 8 cm de haut, 15,5 cm de long et 8,5 cm de large.

Christ en croix (incendie de l'église)

J'ai chez moi (il prend trop de place sur le mini autel de la chapelle !) un Christ que j'ai retrouvé dans les gravats, après l'incendie de l'église. L'ensemble de l'objet mesure 0,55 cm de hauteur. Il était très abîmé mais je l'ai fait restaurer (à mes frais) : le support était déformé, un pied était pratiquement cassé, le Christ n’avait plus de bras, ils avaient fondu... Après démontage, avec beaucoup de difficultés, l’ensemble de toutes ces pièces a été passé à la sableuse. Les bras furent re-confectionnés avec beaucoup de minutie, en adjoignant un métal d’apport. Le tout fut remonté avec l’aide de Guy Bardoux qui a effectué bénévolement tout le travail de la partie mécanique et enfin la remise en peinture fut effectuée par mes soins [J. Hérouart].

Souvenirs... enluminures, chants grégoriens..., dans les armoires du clocher !

Un énorme ouvrage dormait dans les armoires du clocher. Il mesurait 0,45m x 0,65m (fermé), était très épais et comportait une couverture reliée cuir assez abîmée, mais les pages en étaient magnifiquement décorées de splendides enluminures en couleur. Il comportait des chants (grégoriens ?) avec les partitions. Pas besoin de porter des lunettes pour lire les textes, en latin, la calligraphie en était de grande taille ! Cet ouvrage, probablement très vieux, n'a pas été retrouvé.

 

Quelques mois après l’écroulement du clocher, lorsque le feu vert fut donné par la compagnie d’assurance, Monsieur Minard, maire, fit appel à un artisan qui, à l’aide d’une pelleteuse dégagea les pierres et les gravats amoncelés et s’en alla les baller dans les marais, sans autres considérations... On pourra regretter que le maire, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres à propos du patrimoine local, n’ait plus souhaité, à cette époque, préserver le passé de son village…

Chandeliers ; table à 5 pieds (Incendie de l'église)

Deux chandeliers furent récupérés et restaurés après l'incendie de l'église. Ils comportent à leur base des portraits différents, Jesus-Christ et St-Jacques (?). Ces chandeliers sont maintenant placés au pied de l'autel de la Chapelle Sainte-Anne.

 

Cette curieuse table à 5 pieds, entièrement en bois malgré les apparences, est actuellement remisée dans un garage communal (avec la chaire et le Groupe en pierre, considérablement dégradé). Mais en 1985, lors de l'écroulement du clocher, elle n'était déjà plus utilisée puisqu'on la voit sur plusieurs photographies au fond de la nef, à côté de la grosse cloche. Précédemment, avec ses cinq pieds, elle servait de socle très stable pour une statuette classée de la Sainte Vierge à proximité de la petite porte condamnée sud-est.

Le lustre (Incendie de l'église)

L'inventaire après incendie mentionne "1 lustre en verroterie (h : 0,80 m), XIXe siècle". Ce lustre figure sur la carte postale de l'installation de Ste-Thérèse (CP 259) ou en partie sur une photographie des communions solennelles de 1958. Il était au-dessus de l’allée centrale, exactement sous le Christ en croix (avant qu’il ne soit repositionné sur le mur sud), accroché à la poutre de la charpente scellée au niveau axial des vitraux 3 et 4, c'est à dire à l’aplomb de la première marche de la nef. Mesurant 80 cm de haut, il était composé de centaines de perles octogonales de 20 mm (sur 12 mm d’épaisseur) reliées les unes aux autres par un fil de bronze. Chaque branche de perles était terminée par une pendeloque finement ciselée (6,3 cm de hauteur pour 3,4 cm au plus large et 17 mm d’épaisseur).

Quelques jours après l’incendie, moi-même et quelques personnes retrouvâmes des perles dispersées dans les gravats. Ce fut alors une ruée des habitants, chacun désirant conserver un souvenir de son église… Et les grands moyens furent utilisés, pelles et râteaux ! Aussi, on peut estimer sans crainte de se tromper qu’aucune des perles et pendeloques n’a été perdue ! [J. Hérouart].

    

Le napperon de Berthe Bordeux !

Comment un napperon qui s’était trouvé dans l’église put-il échapper à l’incendie ? C’est l’histoire, immorale, que l’on va vous raconter !

"Dans le courant de l’année 1960, mon épouse rendit visite à sa tante Georgette qui habitait à proximité de l’Ecce-Homo. Celle-ci lui suggère alors d’aller voir Berthe, sa voisine d’en face ; elle a quelque chose de magnifique à lui montrer… Georgette, connaissant les goûts de sa nièce -puisqu’elle a eu une formation de coupe et de couture - sait très bien que ma femme va être émerveillée. Et en effet lorsque Berthe sort d’un paquet, ce qui au départ semblait n’être qu’un vulgaire drap blanc, il s’avère que sur toute la longueur du linge, soit 2,40 mètres environ, c’est un véritable travail d’artiste qui est exhibé, une broderie tout au crochet avec des motifs pieusement choisis, la croix et l’étoile de Bethléem guidant les Rois Mages.

Surprise mon épouse lui pose alors la question de savoir ce que va devenir ce napperon. Berthe allait à la messe tous les dimanches. Elle répond qu’elle va l’offrir à l’abbé Pont pour recouvrir l’autel de l’église de notre village. Aussi, lors de la première messe qui suivi la mise en place du napperon sur l’autel, l’abbé Pont ne manqua pas de remercier bien sincèrement et devant tous les fidèles la généreuse donatrice. Berthe versa une petite larme.

Après le décès accidentel de l’abbé Pont, le 24 décembre 1966, il fut très difficile, et même impossible, de trouver un curé remplaçant : durant un temps assez long il n’y eut plus de curé à l’Etoile ! Enfin l’on vit arriver l’abbé Lecomte en août 1967, l’abbé Banides en 1975, et d’autres encore.

L’on ne faisait plus attention au napperon, et puis un jour, grosse surprise, l’on s’aperçoit qu’il a disparu ! Depuis quand ? Qui a osé s’emparer de ce napperon ? Pendant des semaines les commentaires vont bon train. Comment est-ce possible de voler dans une église ? Et en plus sur l’autel, dans le chœur qui est un lieu consacré !

Le temps passa puis un jour, lors d’une messe dans une commune voisine, le regard de mon épouse est attiré par un linge sur l’autel : « C’est bizarre, j’ai comme la vague impression que le napperon qui se trouve sur l’autel est celui de l’Etoile… ». Il y avait un doute mais il fallait se rendre compte de plus près... Ce jour là, la messe fut interminable, c’est à croire que l’abbé en rajoutait et que jamais ça ne se terminerait. Quand enfin tout le monde se leva pour quitter l’église, elle se dirigea en quelques enjambées jusqu’à l’autel : aucun doute, c’était bien le napperon de l’Etoile !

On ne sait toujours pas qui a effectué le transfert, et pour quelles raisons ?

A cette époque, et jusqu’en juillet 1991, hormis quelques deuils, il n’y avait plus que trois offices par an à L’Etoile… Le napperon est resté dans la commune voisine, laquelle était d’ailleurs aussi dépourvue de messe.

Mais suite à la construction de la chapelle Sainte-Anne mon épouse a tenu a ce que ce napperon réintègre sa destination première, et après un entretien positif avec la responsable de ce village, le dimanche qui a suivi l’inauguration, le napperon retrouvait non pas son antique église et son autel mais sa commune nouvellement dotée d’une chapelle et d’un nouvel autel." Jacky HEROUART, le 29 octobre 2007.

Remerciements à Berthe BORDEUX, épouse Hurier, et son napperon, et à Micheline BONNARD, épouse Hérouart.

Souvenir de l'ostensoir de l'abbé Pont !

Quelques jours après l’incendie de 1991, le lundi après-midi de la fête locale, alors que les spécialistes en incendie étaient arrivés pour en rechercher la cause, nous étions tous avec un bâton fouillant les gravats au niveau de l’autel lorsque j’ai accroché quelque chose Devant les gendarmes présents j’ai mis à jour un magnifique ostensoir (pièce d'orfèvrerie lithurgique destinée à contenir l'hostie consacrée et à l'exposer à l'adoration des fidèles). Il était enroulé dans un vêtement complètement calciné, certainement une vieille soutane, qui est parti en charpie sous mon bâton. Cet ostensoir ne valait pas mieux, le pied aurait été récupérable, mais c’est tout. En partie centrale il y avait encore la lunule (boîtier cylindrique vitré destiné à recevoir l'hostie) et tout autour un motif réalisé en fil d’or. C’était tellement fin que tout est parti en lambeaux irrécupérables. Je ne sais pas ce que c’est devenu !

Ma femme et moi, nous nous souvenions bien de cet ostensoir. Lors de certaines messes (adoration du Saint-Sacrement, Fête-Dieu), l’abbé Pont, monté sur l’estrade de l’autel, bras levés au-dessus de sa tête, présentait l'ostensoir tenu à la base de ses deux mains. Il effectuait ensuite des rotations afin de présenter l'hostie consacrée successivement à droite et à gauche, de manière à ce que chacun des fidèles puisse bien la voir.

Cet ostensoir mesurait environ 45 cm de hauteur. Il comportait un pied de 20/25 cm de centimètres soutenant un grand cercle (en or ?), torsadé, mesurant aussi 20/25 cm de diamètre, et d'autres spires torsadées concentriques et de plus en plus petites. Au centre se trouvait un cylindre en verre, fixé horizontalement, dont le diamètre était d’environ 6 à 7 cm pour 3 à 4 cm de longueur. Les divers cercles dorés étaient maintenus par des tiges fixées sur le cylindre métallique (en laiton ou bronze doré ?) enchâssant celui en verre, ces tiges donnant la sensation des rayons du soleil. Le bout visible du cylindre en verre était protégé par un disque métallique (le voile huméral), pouvant s'ouvrir et se fermer par le moyen d'une charnière et d'un crochet sur le cylindre métallique.

On a supposé que cet ostensoir appartenait à l’abbé Pont et qu’il était resté dans l'église de L’Etoile, après son décès accidentel.

L'ostensoir photographié ci-dessus n'est évidemment pas celui de L'Etoile, mais il y ressemble beaucoup.

 

 

Autres objets : voir aussi le Coq du clocher (Clocher), le goupillon trouvé dans un jardin (Céramique), etc.

 

D'après une idée et un texte de J. Hérouart, ses sauvegardes, les photographies ou les dessins de ces objets. Remerciements à Mme B. Stimolo.

Dernière mise à jour de cette page, le 14 janvier 2008.

 

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