L'ETOILE ET SON HISTOIRE par Ghislain LANCEL

Le pigeonnier du château

Le pigeonnier du château est déjà abondamment cité dans les diverses pages de ce site (en particulier pour son "hallebardier" sur le toit, mais aussi pour une plaque de porte qui aurait porté la même année 1130 que celle de l'église [Arguvium], et indirectement pour les pigeons destructeurs qui ravagent les campagnes, dans le Cahier de Doléances [Chasse]). On le trouve représenté sur des plans [Plans de 1833] et naturellement photographié, dans un paysage (plaque en verre, vers 1921) [Cindoc], en prise de vue à moyenne distance (en 1991) [Promenade virtuelle (Enceinte du château)] ou en prise rapprochée sans être l'objet principal (la plus belle photo, vers 1930 ?) [André et le brochet], ou encore comme carte postale, pour le pigeonnier seul [CP 214, 216, 225, 226 (en couleur), 274 (la vue au plus près), 289 et 358] ou dans le paysage [CP 155].

Sur les cartes postales 289 et surtout 225, on voit nettement les deux lucarnes qui se trouvaient sur 2 des 8 pentes du toit (nord-est et sud-est), petites ouvertures que l'on distingue difficilement sur les photographies et autres cartes postales. La photo sur plaque de verre montre aussi une petite fenêtre sur le pan nord du mur, juste sous le toit.

Un pigeonnier cité depuis 1592

Ce pigeonnier seigneurial, sans savoir de quelles reconstructions ou restaurations il s'agit, est cité dans les diverses ventes ou transmissions du château et de ses dépendances. Dans les textes anciens, ou récents, ce bâtiment est parfois dénommé colombier. Il en est ainsi dans la plus ancienne mention connue, le contrat de mariage d'Antoine III Leblond en 1592 : « lieu seigneurial, granges, estables, coulombier, ... ».

Le 11 juillet 1668 Antoine V fait effectuer, acte notarié à l'appui, la visite des bâtiments de la basse-cour (un état des lieux de la ferme du château) pour le bail de fermage accepté par Antoine Cagé, receveur de L'Etoile, bâtiments que ledit fermier devra rendre en pareil état à la fin du bail. Ces bâtiments ont tous besoin de réfection, ce qui nécessitera trois jours de travaux. Le pigeonnier n'y semble pas décoratif puisqu'il y est question de maintenir en étât les bulins (trous où nichent les pigeons). Les bâtiments, probablement y compris le pigeonnier, semblent couverts de chaume : "...icelluy sieur de Lestoille s'est chargé & obleigé par le bail de bailler en bon estat aud. Caigé au regard des pallis, couvertures & solivures, pour les rendre ensuite par led. Caigé en pareil estat en fin dud. bail, lesquelles bastimens, ensemb(le) les bulins du pigeonnier, lesd. parties ont veus et visittés en le présence de Pierre Lannoury, m(aît)re masson dem(euran)t à Pecquigny, & Jean Pecquet, couvreur de chausme, pailloteur et menotier dem. à Long, experts dont les parties sont convenues..." [3 E 29787, acte 128].

En 1720, l'acte de vente à Pierre Langlois le mentionne évidemment : « chasteau seigneurial, bastiments, cour, basse-cour, pigeonnier, jardins et plans fruitiers » [1 J 731], et on le retrouve dans les actes de mainmise du roi en 1763, après les déboires de Jean-Baptiste Claude de Calonne de Cocquerel : " un château seigneurial couvert, partie en ardoises et partie en thuiles, bâti de pierres de tailles, bâtimens, cours, basses-cours, pigeonnier, jardins légumiers et plants fruitiers, renfermés de murailles en pierres de tailles " [B 206, f° 69 v°].

Les mentions de ce bâtiment se poursuivent ensuite sans qu'il soit nécessaire d'en donner la liste, citons seulement le partage Magnier de 1898, où il reprend son appellation de colombier : "... basse-cour avec ses dépendances, comprenant : maison d’habitation, écuries, remise, cour, colombier au centre de cette cour  ..."   [MPaillart].

Les derniers temps du pigeonnier, vu à travers quelques photos...

  
Trois états du pigeonnier octogonal : joliment entretenu, avec une fenêtre à petits vitrages (d'après un recadrage de la photo d'André Magnier avec un brochet, vers 1930 ?) ; entièrement recouvert de lierre (après 1960, puisqu'en 1960 le hallebardier était encore visible !) ; éventré lors de la démolition de sa partie supérieure (peu avant 1999).

 

 
Avant la destruction des étages, l'encadrement d'une fenêtre était encore en place (peu avant 1999). Mais en 1999, il ne subsistait plus que le rez-de-chaussée de l'ancestral pigeonnier (23 mai 1999). On observera la déclivité du terrain et les anciennes restaurations inégales en briques, juste au-dessus du niveau du sol, comme pour l'église.

  
En 1999 la base octogonale disposait encore, en clé de voûte de l'encadrement de la porte d'accès, d'une pierre de taille portant en relief l'année 1784, année que l'on retrouve aussi sur le mur d'enceinte des anciens jardins (23 mai 1999). Cette pierre n'est plus en place, elle est tombée, s'est effritée et l'on n'y distingue plus guère qu'une moitié de l'étoile (2007). Cette porte donne accès à deux magnifiques salles séparées par un mur de cloison à deux arches soutenues par un pilier central. La salle du fond est éclairée par une baie disposant encore d'un élément de grille (devant le tronc d'arbre).


Les deux salles (servant aujourd'hui de débarras) ont une architecture subtile. Pour chaque salle, la voûte demi cylindrique (en haut à droite) s'élève depuis un pan de mur (ici celui de la porte d'accès) pour redescendre au mur de cloison qui lui est parallèle (en bas à droite, avec le début de l'une arche de ses deux arches) tandis que les jonctions avec les huit murs du pigeonnier octogonal donnent des courbes nuancées (l'un des 8 murs à gauche, et la moitié du suivant au centre, l'autre moitié se situant derrière la cloison de pierre).

Etat du dernier pigeonnier, dimensions

Dans sont dernier état, les deux pièces du rez-de-chaussée séparées par le mur de cloison sont symétriques dans leur disposition générale. Chacune des deux voûtes, en demi cylindre, s'élève au point le plus haut à environ 2,50 m du sol. La première salle comporte une porte d'accès (orientée approximativement au nord). La salle du fond dispose de deux baies dont l'une est encore protégée par un élément de grille en fer forgé, l'autre étant obstruée par un volet en bois. Le diamètre de la base, d'après le plan napoléonien, est de 6,90 m (à 50 cm près), mais naturellement la hauteur avant démolition, n'est pas connue.

De pigeons, il semblait ne plus y en avoir depuis assez longtemps, du pigeonnier ne reste plus que le rez-de-chaussée.

 

Crédits photographiques : Paul Pecquet (au brochet et avant démolition), Anne Pecquet-Léger (recouvert de lierre), G. Lancel (extérieur du rez-de-chaussée seul, 23/05/99), C. Chamu-Pecquet (intérieur du rez-de-chaussée). Certaines parties (grisées) ont été volontairement masquées.

Dernière mise à jour de cette page, le 30 novembre 2007.

 

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